Y a-t-il un transhumanisme de gauche ?

Le transhumanisme tel qu’on a coutume de l’évoquer est une excroissance technologique issue d’esprits acquis à une idéologie libertarienne promouvant en grande pompe « l’augmentation » de l’individu par la technique, puis l’avènement d’un homme-machine aux capacités mentales et physiques sans cesse repoussées. Pour autant, il existerait des transhumanistes progressistes, « de gauche » nous dit-on, qui trancheraient avec cette vision un peu courte. Je suis allé écouter ces membres de l’Association Française Transhumaniste avec mon ami blogueur Saint-Epondyle, je co-signe un article sur son blog suite à cette visite.

Je ne m’étendrai donc pas ici plus que de raison, mais voici tout de même quelques constats tous personnels :

1) De gauche ou de droite, les transhumanistes (en tout cas la base militante avec qui nous avons échangé) tirent leur idéologie du même terreau nihiliste : ils voient en l’homme une entité « obsolète » qu’il faudrait améliorer, et pensent la technologie comme une solution pour y arriver (la différence avec les libertariens est qu’ils promeuvent ces augmentations dans un but « social », nous n’avons pas pu aborder la question des moyens ni les impacts écologiques d’une telle idée…).

2) Les transhumanistes présents dans la salle ne font pas de différence entre « l’homme réparé » et « l’homme augmenté », pour eux, porter des lunettes ou se faire greffer un bras bionique relèvent du même « choix individuel neutre » et n’aurait pas d’impact sur la société toute entière (et on ne parle pas d’un amputé qui aurait besoin d’un bras bionique mais bien d’une personne ayant ses deux bras).

3) Les membres de l’Association Française Transhumaniste adhèrent pleinement et entièrement à une vision de l’humanité conquérante (sur la terre, dans l’espace), et par là même dévoilent le sentiment impérialiste qui les animent. C’est ce même sentiment qui a toujours légitimé un développement technologique irréfléchi. Demain, il faudra « extraire des ressources minières sur d’autres planètes » nous dit-on (après avoir cité un écologiste comme André Gorz, j’en suis presque tombé de ma chaise).

4) Enfin, ils considèrent le développement technologique comme une fatalité souhaitable sur laquelle nous n’avons pas d’emprise : « les gens plébiscitent les technologies », nous a-t-on lancé, sans même envisager les mécanismes de persuasion et d’influence que les technoprophètes génèrent à grand coup de marketing (ceux-là mêmes qui cultivent la peur fantasmée d’une intelligence artificielle qui va manger tout le monde).

On nous dira également que le transhumanisme est « une philosophie » (sans nous dire quels philosophes avaient jamais promu la robotisation du corps ou du cerveau pour « augmenter » l’un et l’autre plutôt que l’apprentissage permanent et le travail sur soi qui permettent d’y parvenir, car « ça n’est pas la question »). En bref, il s’agit là avant tout d’une bande d’âmes perdues, illuminées par la technologie et effrayées par la mort, qui croient pouvoir traiter les questions sociales (d’où la revendication « de gauche ») avec des puces connectées. Sans le savoir, ils desservent leur propre cause et même, se font les soutiens des hérauts du « tout-technologique » : cette grande fuite en avant vers nulle part.

Pour parer aux éventuelles attaques suite à cela : mes lecteurs habituels sauront évidemment reconnaître et attester que je suis tout sauf un technophobe (ce qui dans mon monde n’a pas de sens, puisque la technique et l’homme échangent en permanence : rejeter l’une reviendrait à rejeter l’autre).

De nouveau, je ne fais ici que pointer la démesure, « l’hubris » et donc le danger qui couve chez ces militants, sans exclure qu’un trou intellectuel béant puisse exister entre cette base et la tête pensante du mouvement : le discours présenté sur leur page Wikipédia (déjà discutable) est très loin de ce que nous avons entendu en séance (et j’insiste vraiment là-dessus mais rappelons que pour percer à jour un mouvement politique quel qu’il soit, il faut parler aux mi-li-tants !!).

Pour une analyse plus poussée, rendez-vous sur le site de Saint-Epondyle : Allez tous vous faire augmenter !

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