En 1977, la Confédération française démocratique du travail (CFDT) publie un épais ouvrage qui décrit le quotidien des travailleur·euses de la poste, des banques et d’autres secteurs concernés par l’automatisation 1. Le constat du syndicat est sans appel : l’accélération de « l’impérialisme informatique » est une nuisance. Il réduit le travail en miettes, disloque les collectifs de salarié ·es et, ce faisant, contribue à entraver les possibilités de grève. Dans un récent article publié dans Le Monde Diplomatique, les chercheur·euses Maud Barret Bertelloni, Pauline Gourlet et Félix Tréguer racontent cette séquence 2. Certains syndicats, rappellent-elles, adoptent à l’époque des mots d’ordre qui seraient aujourd’hui qualifiés de radicaux : lutter pour le contrôle des investissements dans les entreprises, ouvrir la voie à l’autogestion ouvrière ou encore à la démocratisation de la conception des machines. Dans cette période de compromis social, la CFDT et la Confédération générale du travail (CGT) n’ont pas peur de dire « capitalisme » et de maintenir une lecture de classe qui refuse de lier le sort des travailleur·euses à la prospérité du système. On connaît la suite : la vague néolibérale et son lot de désillusions laminent la critique. Cinquante ans plus tard, le déploiement à marche forcée de l’IA suscite les mêmes questions. Les syndicats sont-ils à la hauteur de l’enjeu ?
Un article à retrouver dans le dernier numéro de la revue Fracas, disponible dans toutes les bonnes librairies.
