Comment faire croire que vous avez essayé les Google Glass

Comment faire croire que vous avez essayé les Google Glass

Vous êtes high-tech, marketeur ou encore consultant en innovation : félicitations. Mais laissez-moi vous dire que si vous n’avez pas essayé les Google Glass, vous êtes caduque dans le milieu.

Porter les Google glass rend heureux

Porter les Google glass rend heureux

Tout a commencé il y a quelques mois, j’étais invité à un afterwork / networking / open bar dans un endroit sympa de la capitale. Je vous laisse vous imprégner de l’atmosphère : détendue et professionnelle à la fois. Un brin péteuse, mais c’est aussi pour ça qu’on y va.

Je dois dire que j’ai été assez surpris par un petit attroupement de bonshommes et ladies-tailleurs autour d’un objet pour le moins singulier : les Google Glass. Après 20 minutes d’attente, c’était enfin mon tour : j’ai eu la chance, le privilège (et même l’immense honneur) de poser sur mon nez ce petit bout de technologie Made in Google.

Quelle ne fut pas ma déception devant (derrière? ) ce si petit écran, en haut à droite de la lunette de mon œil droit, dans le flou du reflet du soleil de 19h. Après une rapide introduction du propriétaire et un exemple de traduction instantanée français – anglais (très utile, si, si), je passai l’objet au suivant pour que lui aussi puisse faire son baptême oculaire avec les 4% de batterie restants.

Je reste évidemment mesuré sur le futur du bibelot, qui aura assouvi ma curiosité et nourri les nombreux doutes que j’avais déjà. Mais je pense d’abord à tous ceux (et ils sont nombreux), qui n’ont pas eu la chance que j’ai eue ce soir là : la chance de « claquer mon selfie » avec les Google glass.

Alors, avez-vous essayé les Google Glass? négatif?  Too bad, mais tout n’est pas perdu : voici comment faire croire à tout le monde que c’est le cas.

Plantez le contexte

Là, il va falloir être un peu créatif. Comme le coup de l’afterwork pour Geeks est déjà pris plus haut, optez pour la visite du cousin américain (celui qui bosse « dans la Vallée »). Évitez le coup du collègue qui a acheté les Google Glass, on ne vous croira probablement pas et si c’est le cas, on dira que vous avez des amis vraiment bizarres.

San Francisco Silicon Valley

Cette vallée-là, pas celle du groupe Manau

Si vous n’êtes pas journaliste, vous ne pourrez pas non plus faire croire que votre rédaction vous les a procurées pendant une semaine à titre purement expérimental. Vous ferez donc un article un peu plus banal et moins informé : nous ne sommes pas tous égaux face aux Google Glass.

Donnez un avis critique mais ouvert

Ne soyez pas trop nostalgique. La technologie nous apporte autant qu’elle nous prend, certes, mais pas la peine de dire que vous avez peur des magasins trop interactifs et de la réalité augmentée qui, couplée au Big Data vous fera choisir un fruit plutôt qu’un autre en fonction de votre tension artérielle transmise à votre mutuelle par votre Smartwatch. La belle affaire.

Même si au fond, l’amélioration des hyper marchés vous gonfle parce que vous détestez ces endroits lugubres juste bons à pourrir les petits producteurs et à polluer votre boîte aux lettres. Les Google Glass dans la vraie vie, ça ne sera jamais comme dans la pub de Google, mais chut.

La vitrine connectée dans Minority report

La « vitrine connectée » de Minority report

Sachez par ailleurs que les expressions : « prothèses cérébrales » ou « intrusion physique exagérée » sont réservées aux sociologues de la high-tech en quête de sujets partageables sur Facebook. Vous ne voulez pas mettre les pieds sur ce terrain, croyez-moi.

Pour l’instant, contentez-vous de dire que ça fait un peu mal au crâne, que c’est un peu dangereux en voiture et un peu flippant dans les endroits publics. En revanche, soyez disposé à reconnaître qu’avec les Google cars, on n’aura plus besoin de regarder la route, et que plus personne ne s’étonne de voir des gens parler seuls dans la rue quand on les prenait pour des fous aux balbutiements du kit main-libre.

Quant aux espaces publics, il n’y en aura bientôt plus, problème réglé.

En bref, soyez positifs : la technologie de Google est neutre.

Non vous ne vous faites pas avoir par la pub : vous êtes un prospectiviste

En marketing, la terminologie pour un acheteur compulsif prématuré est : « Early Adopter ». Il s’agit là d’un terme scientifique destiné à catégoriser les personnes les plus sensibles à la publicité, ceux qui ont le plus besoin de justifier une place dans la société des hyper-connectés.

Afin d’éviter ce cliché, faites jouer la passion, sans complexe : « vous êtes avant tout un homme (ou une femme, mais plus probablement un homme) dynamique et désireux de vous tenir au courant des dernières innovations, ne serait-ce que pour anticiper le monde de demain, celui de nos enfants. »

Cette pirouette argumentative fonctionne relativement bien dans un monde où trop de gens sans ambition vous demandent « tu as encore un nouveau téléphone »?

Faites semblant, comme tout le monde.

L’appareil n’est pas au point. C’est maintenant une certitude et ceux qui ont essayé les Google Glass le savent. L’ensemble de la profession nage dans la circonspection. Personne n’est encore capable de dire si elles feront un flop total type Mini-Disc, ou s’il s’agira d’un coup d’essai avant la lentille connectée. En somme, nous, « le marché », sommes en phase « d’éducation ». Les Google Glass ne sont – pour le moment – rien de plus qu’un symbole de reconnaissance sociale (et pas faciale), un privilège ostentatoire qu’il faut montrer pour asseoir sa légitimité.

La posture à adopter est donc la suivante : acceptez que votre conviction sur le moment ne soit tout simplement pas claire.

Voilà

J’arrêterai ce billet peu utile ici, ces éléments devraient être suffisants pour briller en société, dans les forums ou sur votre blog. Quant à moi, vous ne saurez probablement jamais si j’ai vraiment essayé les Google glass, mais est-ce vraiment important?

4 comments

  1. Pingback: L’algorithme roi — DAZIBAO - par 1060 en voor 1060 !

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