Donald Trump, l’homme qui creva la bulle filtrante (est-ce la faute des algorithmes ?)

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<réaction à chaud>

Je l’ai eue aussi, cette petite notification improbable ce matin au lever du lit. Comme tout le monde je n’y ai pas trop cru, le comptage était mauvais peut-être. Je faisais partie des gens qui, bien conscients que la menace était réelle pensaient que l’Hillary allait prolonger la politique américaine pour les quatre prochaines années. Je ne m’en réjouissais pas particulièrement non plus d’ailleurs.

Alors oui, je suis surpris, tout le monde l’est. Personne n’aurait imaginé ça. Notre logiciel n’envisageait pas une seule seconde que les américains choisiraient pour chef ce type, mi cow-boy, mi gorille, ce grand blond qui salit déjà la maison blanche de ses santiags noires. L’inimaginable s’est pourtant produit, malgré ce qu’on avait entendu tous les jours à la télé, lu dans les journaux ou sur Facebook, écouté à la radio.

Surtout en France d’ailleurs, où l’essentiel de ce qu’on a pu recevoir sur Trump était tordu par le prisme de nos médias. Certes, il y a bien eu quelques tentatives ici ou là d’expliquer en quoi il avait réellement de quoi plaire aux couches populaires, et que c’était dangereux. Nous avons écarté l’option où Trump avait un discours remarquablement ciblé vers ceux que l’on appelle « petites gens » avec cette pointe de mépris de classe à peine consciente.

IL FAUT SORTIR DE NOS BULLES FILTRANTES

Allons droit au but, si nous n’avons pas vu venir cette vague venant de l’Ouest, c’est parce qu’on nous l’a cachée. Parce qu’on se l’est cachée. A la manière des messages sur notre flux Facebook, nous ne recevons que les informations que nous sommes prêts à digérer. Je n’invente rien, pour éviter de nous noyer sous un tas d’informations inutiles, les médias sociaux filtrent pour nous : ils préjugent de nos goûts futurs en se basant sur nos goûts passés. 

Comment ? A travers des algorithmes savamment tournés pour ne laisser passer que ce qui percutera nos esprits. « Les algorithmes qui orchestrent nos publicités commencent à orchestrer nos vies » nous dit le militant internet Eli Pariser, il met ici en évidence le phénomène de « bulle filtrante », cette scolie maligne et pourtant si humaine qui nous oriente systématiquement vers ce qui renforce nos propres opinions : «  lis, entends et regarde ce qui te conforte ».

Attention, je ne dis pas que les algorithmes, ni Google, Facebook et consorts sont « coupables » de l’élection de Trump (et d’ailleurs, qui est coupable en démocratie ?). Je dis qu’ils ont une part de responsabilité. Il ont fait partie de toutes ces petites choses qui ont contribué à renforcer notre fermeture d’esprit, notre aveuglement chronique face à ce est devenu d’une évidence crasse à l’heure du dépouillement.

La bulle filtrante biaise nos perceptions, la personnalisation de l’information nous propose un monde social inexistant car il n’est qu’un miroir de notre propre refus d’envisager l’autre. En ce sens, la bulle filtrante n’est qu’une pâle analogie d’un monde tout à fait tourné sur lui-même. Parmi toutes les craintes que Trump draine, il aura eu la mérite de faire exploser cette bulle.

Il aura eu le mérite de faire comprendre à la minorité volubile et sûre de sa grandeur qu’une majorité silencieuse existe, et qu’elle la dépasse en taille. Il aura aussi eu le mérite de donner à cette masse silencieuse l’occasion de prendre conscience de sa propre existence. Après tout, cette masse-là est aussi enfermée dans ses propres perceptions, dans sa propre bulle. Bien sûr cette bulle préexistait, tout comme la nôtre, les algorithmes n’ont fait que la reproduire et peut-être (peut-être..) la renforcer. Cette bulle, c’est nous qui l’avons gonflée tous seuls en évitant de nous intéresser aux avis contraires aux nôtres.

Alors, quoi faire pour le futur ? Peut-être rappeler aux médias, et surtout aux médias utilisant des algorithmes, qu’ils ont un rôle social d’une extrême importance. Leur demander de nous laisser respirer l’air de nos adversaires, quels qu’il soit, et même s’il est fétide. Nous même, nous forcer à considérer les idées contraires aux nôtres, prendre les informations à la source et non pas à travers le prisme d’un BFM TV ou d’une autre décomposition avancée du journalisme.

La démocratie ne peut pas vivre dans une bulle. C’est bien connu : de la marge de disconvenance naît la productivité dialogique.

Quoi d’autre ? Comprendre que pour beaucoup, le sentiment écologique est une lointaine préoccupation. Et qu’à force d’occulter la parole de ceux qui n’ont jamais l’occasion de la donner, nous risquons de faire un sacré nombre de pas en arrière dans la course vers un monde durable. Avec Trump, c’est une économie bitumeuse qui va poursuivre son envol, et l’air adverse risque de sentir le gaz de schiste.

On perçoit bien aujourd’hui ce futur qui hésite. Au fond, qui peut dire si Trump est un ultra-libéral ou un national-socialiste réinventé ? Qui peut comprendre les mêmes revirements idéologiques du FN qui copiant le clan Reagan il y a trente ans, parodie maintenant salement un programme de gauche ? Qui maintenant peut encore défendre la fin de l’histoire et la victoire de l’occident face au méchant communiste ?

En résumé, restons vigilants sur la vitalité de nos démocraties. Non seulement elles sont fragiles mais aussi FEBRILES, il faut les soigner, les cocooner, maintenant plus que jamais. Ne pas se satisfaire des solutions rapides, ne pas céder à a tentation d’inventer des outils de surveillance de masse et de fichage pour les défendre, alors même que l’ignominie est aux portes du pouvoir.

Sortons de nos bulles filtrantes.

</réaction à chaud>

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