La démocratie est-elle soluble dans la transition écologique ?

Situation sanitaire n’aidant pas, je n’ai pas laissé trace de la note « Gouverner la transition écologique : démocratie ou autoritarisme » que j’ai contribué à écrire dans le cadre d’un groupe de travail présidé par Eric Vidalenc, pour le Think-tank La fabrique écologique.

La note (43 pages) est au téléchargement ici.

Une note réalisée avec Eric, Emeline Baudet – Doctorante à Paris Sorbonne Nouvelle, Amy Dahan – Mathématicienne et historienne des sciences, directrice de recherche émérite au CNRS et Sylvestre Huet – Journaliste scientifique. Nous avons auditionné pendant l’année 2019 une douzaine d’experts, de scientifiques, de chercheurs en SHS sur les thématiques liant démocratie et climat.

Je recopie ici un résumé, pour ceux qui n’auraient pas temps pour 43 pages. J’en profite pour préciser que la note est ouverte au débat, sentez-vous libre de la commenter où bon vous semblera.

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Alors que la démocratie, telle qu’elle se matérialise aujourd’hui, traverse une crise de légitimité importante, certains voient dans le réchauffement climatique un nouveau facteur de déstabilisation de ce régime. Ce discours, récurrent dans les médias, affirme qu’une « dictature » ou qu’un régime autoritaire serait plus à même de répondre aux enjeux de transformation sociétaux. C’est en revenant à une définition exhaustive de la démocratie comme principe mais aussi comme processus politique, que cette note entend déconstruire ces propos et alimenter le débat autour de l’opportunité réciproque que représente un renforcement démocratique par et pour la transition écologique.

Cette analyse des termes sert de socle à une critique des limites de la conception contemporaine, institutionnelle et médiatique de la démocratie. La déclinaison de ces limites permet ensuite de dessiner les contours d’un nouveau projet démocratique davantage en accord avec la complexité de la transition écologique. Par ailleurs, cette complexité révèle les contradictions qu’elle porte avec le paradigme de croissance dont le projet démocratique actuel s’est porté garant, de ce fait le groupe de travail relève des obstacles à la transformation du système actuel tels que les inégalités sociales, les intérêts économiques ou encore le lien entre science et démocratie. Cette note analyse aussi comment les critiques de cette conception participent à l’apparition d’innovations et de propositions institutionnelles.

La seconde partie de cette note revient sur la question de l’autoritarisme comme « solution miracle » face à la crise écologique, elle dresse une réflexion autour des régimes existants et de leur action en faveur de la transition écologique. Ce tour d’horizon des pays à tendance autocratique tels que la Chine ou le Brésil démontre que le problème n’est pas mieux traité, voir antinomique avec l’extractivisme qui définit nombre de ces pays. De même, l’analyse historique de tels régimes tend davantage à démontrer que les politiques en oeuvre ne satisfont aucunement la résorption des inégalités sociales, économiques et plus récemment environnementales. Ainsi la déconstruction de cette idée de « dictature verte » nous rappelle que les régimes démocratiques sont mieux à même de faire face à la crise écologique.

La troisième partie s’intéresse davantage à la récente prise en compte dans la société des enjeux écologiques à la fois au sein des institutions mais aussi au sein de la société civile depuis les années 80. Marqué par le développement des ONG à l’international, les mobilisations citoyennes en faveur d’une politique climatique exigeante se sont multipliées ces dernières années. Bien qu’une presse spécialisée adopte une approche multidimensionnelle des enjeux environnementaux, la dépolitisation du sujet par une part importante des médias occulte encore sa portée collective et structurelle. Toutefois l’accélération des phénomènes climatiques, la récente mobilisation mondiale de la jeunesse et l’implication des scientifiques dans le débat tend à inverser cette tendance. Cette remise en contexte montre que l’évolution rapide de la conscientisation du sujet peut avoir un impact sur les choix politiques à venir ainsi que sa place dans la définition de nouveaux processus démocratiques. Ce travail a donc défini trois pistes qui iraient dans le sens d’une démocratie que l’on pourrait qualifier d’écologique :

  • Définir un nouveau projet politique : Débattre des limites inhérentes à la finitude des ressources et des seuils et de leurs implications sur nos institutions et systèmes politiques. Cela passe donc par des réflexions autour des libertés et régulations dans l’intérêt des citoyens ici et ailleurs, aujourd’hui et demain .
  • Ramener de la justice dans les décisions : Réorganiser la gouvernance au sein des entreprises avec la présence de relais de l’intérêt général permettrait de réaligner les intérêts économiques et les objectifs environnementaux. Adopter des régulations justes notamment face aux enjeux climatiques ou risques chocs énergétiques (redistribution, rationnement…).
  • Développer la participation : Revaloriser dans la médiation science-société la place d’organisme tiers indépendant, tels que le Haut Conseil pour le climat, et favoriser l’éducation à ces enjeux dans l’enseignement. Faciliter le développement de nouveaux lieux et modes de délibération, ou encore mettre en visibilité les pratiques soutenables, et radicales..

Irénée Régnauld (@maisouvaleweb), pour lire mon livre c’est par là, et pour me soutenir, par ici.

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