Le baromètre de la sincérité sur Twitter [une étude socialogique]

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Tous les utilisateurs de Twitter, qu’ils soient occasionnels ou réguliers, se sont un jour posé des questions existentielles sur les dessous de leur réseau social favori. Malheureusement, la plupart des études effectuées à l’endroit de Twitter ne répondent que partiellement à ces questions, se contentant trop souvent de délivrer des chiffres aussi grossiers qu’inexploitables (nombre d’abonnés, segmentation homme / femmes, temps passé sur le réseau…) ou encore de produire à l’unisson d’éternelles analyses de « la dernière fonctionnalité » du produit qui va probablement changer le monde, ou pas.

A côté de ça, nous Twittos, sommes toujours affamés de données plus subtiles et subjectives concernant notre outil, comme par exemple la sincérité et la fidélité de nos Followers à notre égard, l’utilisation qu’ils font de logiciels de détection des unfollowers ou encore leur propension à réellement nous aider en cas de besoin immédiat.

Aussi, afin de pallier ce déficit d’informations notable, Mais où va le web a lancé une enquête pour dissiper les incertitudes et enfin apporter des éléments de réponse étayés. Une étude socialogique a donc été menée en janvier 2016 sur plus de 100 Twittos, principalement mes Followers, mais aussi certains des leurs. Cette étude a pris la forme d’un Quizz en 12 questions. Voici quelques enseignements qui vous surprendront peut-être, puis une infographie plus complète qui donne une vision périphérique des réponses au questionnaire.

En bas d’article, les biais statistiques et d’autres précisions sur la méthode appliquée. Si vous souhaitez apporter des améliorations à ce questionnaire pour une prochaine étude, merci de laisser vos propositions en commentaires.

1er enseignement : les utilisateurs de Twitter ont pour la plupart une mauvaise image de leurs Followers alors qu’ils se prêtent eux-mêmes des comportements plutôt vertueux :

  • 6 utilisateurs Twitter sur 10 considèrent que leurs Followers ne sont « pas vraiment sincères » (ceux-là ne seraient pas vraiment intéressés par ce que disent ou font ces 6 utilisateurs). Pour autant, la grande majorité des utilisateurs de Twitter (pas loin de 9 sur 10) ne pratique que très peu des stratégies d’acquisition de Followers « déloyales » du type Follow-back (qui consiste à suivre des gens dans l’unique but d’être suivi en retour) ou achat de Followers. En outre, les interrogés déclarent à 60% « arrêter de suivre quelqu’un » quand celui-ci n’est « pas intéressant ».

Conclusion : les utilisateurs de Twitter sont plutôt honnêtes dans leur façon d’agir, mais pensent que leurs Followers ne le sont pas.

2ème enseignement : les utilisateurs Twitter les plus suivis n’ont pas de scrupule à employer des stratégies parfois un peu malhonnêtes pour arriver à leurs fins :

  • 22% des répondants ayant plus de 1000 ou 10 000 followers déclarent avoir fait du follow-back. Ce chiffre tombe à 9% pour les utilisateurs ayant moins de 1000 Followers.
  • 65% des répondants ayant plus de 1000 ou 10 000 followers déclarent utiliser un logiciel de détection des unfollowers afin de les unfollow en retour, 9% comptent s’y mettre bientôt et ils sont 28% à « avoir un peu honte » de s’adonner à ce genre de pratique (c’est quand même une forme d’espionnage). Chez les répondants avec moins de 1000 Followers, seulement 29% déclarent utiliser un tel logiciel de détection et 47% en a « un peu honte ».

Les gens très suivis sont dont deux fois plus nombreux à utiliser des stratégies d’acquisition et de surveillance de leur parc de Followers. Conclusion : les Followers c’est comme l’argent, plus on en a, plus on en veut, et plus on est prêt à assumer des comportements « déloyaux » pour y arriver (il faut croire que la richesse décomplexe).

Ce dernier élément nous apprend également que la maturité sur les outils et stratégies qui permettent de « grandir » sur Twitter est fonction du nombre de Followers (plus on est gros, plus on sait comment le rester). Sans surprise, on comprend ici que les stratégies d’acquisition et de conservation d’audience sont une réalité statistique et emploient des tactiques que Machiavel expliquait déjà en son temps (obtenir et conserver le pouvoir). Mais un beau dessin vaut mieux qu’un long discours :

infographie socialogique du baromètre annuel de la sincérité sur Twitter

Quelques biais statistiques qu’il faudra tout de même noter pour tempérer ces résultats :

  • Twitter étant un réseau ouvert et le questionnaire anonyme, il est impossible de dire exactement dans quelles proportions les gens qui ont répondu au quizz suivent le compte Twitter @maisouvaleweb. On peut considérer que les répondants sont dans les 1er et 2ème cercle de ce compte, ils sont donc représentatifs des gens « que vous êtes susceptibles de croiser » sur le réseau.
  • Les questions ayant parfois été tourné avec humour, il est possible que certaines réponses aient été biaisées.
  • Certaines questions centrées sur le blog Mais ou va le web ont donné lieu à des réponses non extrapolables (elles ne ressortent pas nécessairement dans ce billet).
  • Toute l’analyse étant basée sur le déclaratif des répondants, elle a la valeur qu’on lui donne.

Beaucoup ont demandé quel outil avait permis de créer ce questionnaire, il s’agit de Vizir, déjà pratique et configurable dans sa version gratuite.

Enfin, voici un rappel des questions posées dans le Quizz :

  1. Avant de commencer, pouvez-vous me rappeler comment nous nous sommes rencontrés ?
  2. Si je mourrais, combien de temps vous faudrait-il pour vous en rendre compte ?
  3. A votre avis, quelle proportion de vos followers vous suit réellement pour ce que vous êtes ou dites ?
  4. A ce propos, combien de followers avez-vous ?
  5. Avez-vous appliqué une stratégie de follow massif ou d’achat de followers pour gagner en visibilité ?
  6. Imaginons : je suis super en galère dans votre ville et je le signale sur twitter, me proposeriez-vous de m’héberger chez vous ?
  7. Si je vous unfollow, le ferez vous également ?
  8. Même après ce questionnaire ?
  9. Utilisez-vous un de ces logiciels qui détectent vos unfollowers pour que vous puissiez ensuite les unfollower vous-même ?
  10. Si c’est le cas, n’avez vous pas honte ?
  11. Y-a-t-il parmi vos followers des gens qui ne vous intéressent pas mais que vous continuez à suivre juste pour qu’ils n’arrêtent pas de vous suivre également ?
  12. Ce questionnaire fait-il avancer le schmilblick ?

10 comments

  1. J’avais déjà adoré ton initiative, la pertinence des questions, et j’avais une confiance aveugle en ce que tu allais faire.

    Je ne me suis pas trompée. J’admets avoir « un goût de trop peu », mais les résultats sont réellement intéressants. Comme je te l’avais déjà dit, je reste surprise du nombre d’utilisation de logiciels, et de l’importance du unfollow pour les gens.

    La question que je me pose est celle-ci : est-ce que le choix – délibéré, naturellement – du visuel de l’oiseau bleu est ici pour signifier le mensonge ? Si je n’étais pas certaine devant l’image à la une, j’en suis pratiquement sûre depuis la section sur le follow back. En en rouge et « normal », « 1 utilisateur sur 10″. Les autres ont le bec long comme Pinocchio.

    Si ma compréhension est exacte, est-ce que cela veut vraiment dire que pour toi, les gens mentent ? ^^

    En tous les cas, voilà (enfin !) un sondage sur le sujet qui m’aura réellement intéressée. Un sondage qui apporte réellement quelque chose à son lecteur. Merci.

    PS : Tu ne devais pas conclure sur les méthodes de calcul ? Non pas que cela m’intéresse, car je m’embrouille assez vite sur les notions statistiques et de représentativité, proportionnalité, et tous ces trucs ; mais…

    Y aura-t-il une suite ? Un approfondissement ? Un autre sondage ?

    J’ai envie d’être cobaye encore :D

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    • Hello et merci, oui le choix de l’oiseau Pinocchio est venu assez naturellement, je ne dis pas qu’ils mentent mais je dis que le déclaratif a ses limites, c’est ça que je voulais montrer graphiquement. Concernant les méthodes de calcul, j’ai fait de simples tri sur Excel… Un peu plus de 100 réponses c’est pas mal, mais peut-être trop peu pour avoir des retours fins, c’est la raison pour laquelle on retrouve ici de « grandes tendance ». En effet, je pouvais faire tous les croisements possibles et imaginables, mais je ne pense pas que quelque chose d »intéressant serait sorti. Sur le nombre de logiciels d’unfollow, tu veux dire que tu trouves ça beaucoup ? Après, il faut garder à l’esprit que ce genre de questionnaire capte aussi des gens qui sont (un peu plus que les autres) sur Twitter, il y a donc un biais « présence » qui fait que j’interroge les habitués, si le questionnaire pouvait être administrés à des gens qui y viennent une fois par semaine, ça serait différent. Pour le prochain questionnaire, je penserai à ajouter la dimension temporelle et fréquence d’utilisation.

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    • Merci beaucoup, content que ça vous ai plu, c’était plutôt marrant à faire et surtout l’occasion de détecter des erreurs m-pour faire un nouveau questionnaire plus solide (pas tout de suite, rassurez-vous) ;-)

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  2. Merci pour ces chiffres qui font réfléchir. Là où j’en attendrais plus de maisouvaleweb c’est sur l’interprétation de ces résultats. Je suis laissé avec une dénonciation de l’hypocrisie, l’irrationalité ou voir la malhonneteté de l’utilisateur de twitter moyen. Si ces pratiques sont si répandues, n’est-ce pas plutôt le web qui nous informe sur notre enchaînement à la preuve sociale ? En considérant pleinement qu’on est des êtres sociaux, on peut peut-être légitimer ces comportements sans parler d’hypocrisie ou d’irrationalité. Alors oui, on peut être frappé par l’absurdité du fait de suivre quelqu’un simplement parce qu’il nous suit. Il y a un coût dont on pourrait se passer dans un monde idéal. Mais si on regarde bien, une bonne partie de notre vie sociale consiste à payer des couts dont on pourrait se passer dans un monde idéal, simplement pour transmettre un signal (cf théorie du handicap, social grooming pour nos ancètres).

    C’est juste qu’avec twitter, ça se voit comme un nez au milieu de la figure.

    Deux questions qui auraient pu aider à eclairer cela est « sur une échelle de 1 à 7 pensez vous que le nombre de followers de quelqu’un traduit son importance ?’ et « sur une échelle de 1 à 7 pensez vous que le ratio followers/followed de quelqu’un traduit son importance ?’. Oui j’aime bien les échelles. Il y aurait peut-être des correlations sympas à trouver entre ces jugements et les comportements des twittos.

    Pour moi, ces deux questions sont au coeur du problème. Le jugement de valeur sur certaines pratiques (ex : « malhonnete ») se base très certainement sur cet implicite. L’idée de cette malhonneteté est bien qu’on s’octroyer un bien qu’on ne mérite pas. Si on attachait pas de signification à ces chiffres, alors on dirait juste « absurde ». Si on est enchainé à la preuve sociale, alors il est triste mais compréhensible de voir ce comportement. D’autres ont un intérêt financier direct à avoir beaucoup de followers, c’est encore pire de s’en dégager. C’est donc très difficile, pour certains plus que d’autres, de se retenir dans l’optimisation de ces valeurs. De ce point de vue, l’utilisation de type de logiciel dont parle l’article permet de détecter et de limiter le gain des « tricheurs ». Puisqu’on ne peut pas jouer au jeu de « je te suis puisque je te trouve interessant », et qu’on joue à un jeu un peu plus complexe du style « si tu me suis, je te suis, sauf si je te trouve ininteressant » + « si je te suis et que tu ne me suis pas, je me désabonne sauf si je te trouve interessant », les logiciels permettent de faire en sorte que tout le monde respecte cette règle et limite l’optimisation (un peu au moins).

    Quand j’étais plus jeune, je ne comprenais pas pourquoi je devais porter des vêtements non amochés, sans trous etc… en me disant que c’était pas deux trous et trois fils qui faisaient perdre à mes vetements leur rôle de vetement (se protéger du froid et de la nudité). Mais j’ai fini par comprendre que les conséquences sont importantes lorsqu’on s’habille « mal ». Avec twitter c’est un peu pareil, j’y suis venu parceque je trouvais cela interessant, et je me retrouve quelques mois plus tard à prendre en compte la reciprocité dans mon choix de suivre ou ne pas suivre quelqu’un. Contrairement à l’analogie avec les vêtements, Je n’ai pas payé les conséquences d’un comportement asocial sur le réseau, mais j’ai pris le goût et la conscience de l’importance de ces chiffres, comme j’ai pris goût et conscience de l’importance d’une multitude d’autres choses de la vie « réelle » dont je n’avais rien à carer auparavant.

    Donc ouais, c’est con. Mais je pense que c’est vraiment important de souligner que twitter ne fait que rendre visible que quelque chose de bien enraciné dans notre vie mentale et que ce n’est pas les mauvaises nouvelles technologies qui nous avilissent (En apparté : je ne sous-entend pas que l’auteur pense ainsi s’il fallait le préciser).

    Mr ou Madame MaisOuVaLeWeb ne me contredira peut-être pas, on ne pense bien sur le web qu’en étant anonyme. Et le web permet ça plutôt facilement. Si on veut on réfléchir et apprendre sur facebook et twitter, le compte fake est selon moi le meilleur choix pour mêler le moins possible le social à la pensée critique…à moins d’être déjà un sage dégagé complètement de ces fausses valeurs, tel un stoicien ou mieux, un cynique antique.

    Joe

    Reply
    • Merci beaucoup Joe pour ce retour complet et ultra pertinent, j’ai bien compris tous les biais sociaux que tu expliques ici. Je vais t’expliquer ma démarche : j’ai voulu initialement procéder à une étude sur MES followers (ce qui est totalement égocentré, mais après tout je suis blogueur…), et de fil en ttimeline, il s’est trouvé que beaucoup de répondants sont sortis de ce premier cercle (ce qui est plutôt logique vue la manière dont fonctionnent les sphères d’influence sur le réseau). Par conséquent, beaucoup des petites questions « un peu rigolotes » sont tombées à l’eau car elle ne ciblaient plus les bons répondants. J’ai donc essayé de limiter l’extrapolation de réponses qui ME concernaient sur une base de followers qui ne me connaissaient pas –> moins de réponses et de croisements possibles. Ensuite, il faut bien dire que je n’ai pas poussé l’analyse comme il l’aurait fallu, et tu soulignes les points que j’intégrerai au prochain questionnaire : perception de l’influence graduée + creuser les mécanismes de théorie du handicap (je vais m’y pencher), + la question des ratios Followers / Following est aussi très importante, évidemment… A côté de ça, comme je le disais plus haut, j’intégrerai des dimensions spatio-temporelles, et éventuellement un peu plus personnelles (opinions politiques, sexe, âge, CSP). Il faudra que tout ça tienne dans quelque chose de court où toutes les réponses sont optionnelles bien sûr. En fait, ce questionnaire est une bonne intro pour faire quelque chose d’un peu « marrant » mais devra subir un refresh un peu plus sérieux, et alors tu seras sans doute beaucoup plus satisfait des interprétations (qui pour le coup seront beaucoup moins subjectives qu’ici).

      J’espère sincèrement que Twitter ne va pas se casser la figure en bourse en 2016, sinon à quoi bon ? ;-)

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  3. Super enquête et résultats intéressants. Pas très étonnants, ceci dit.
    Tiens c’est rigolo ça me donne envie d’en faire une à mon tour sur la blogosphère ; tu sais par rapport à notre discussion de l’autre jour…?

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  4. « Représentatif des gens que vous pouvez croiser », je suis pas quantitativiste du tout mais je crois bien que certains grogneraient tout de même… Sinon on en oublie le plus grave dans cette enquête : chercher à comprendre le twittos, n’est-ce pas l’excuser ?

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    • Haha merci Manuel pour cet essentiel apport critique. En gros le questionnaire à été remplit par environ 50% de gens me connaissant et me suivant parfois, le reste partagé entre des Twittos qui ne me connaissent pas ou peu et qui me suivent pas forcément… donc je pense que oui c’est assez représentatif des gens qui gravitent autour d’un compte Twitter sachant qu’un Tweet peut « sortir » facilement des 1ères sphères. Mais si tu as une meilleure définition je prends.

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