Quelle place pour les MOOC en entreprise ? La réponse est au NUMA (S01E01)

Les MOOC dans la sphère professionnelle, le sujet au Numa

Si on commence à situer ce que sont les MOOC dans l’environnement académique Nord-Américain (cours en ligne dispensés par des universités prestigieuses telles que le MIT ou Harvard), la translation dans l’univers des entreprises mérite encore un peu de pédagogie.

C’est dans cet esprit que le Numa accueillait ce 28 Novembre des experts des MOOC sur sa fameuse terrasse lors d’un événement organisé par Café Numérique Paris. Mais où va le Web met cette rencontre en perspective :

Mais un MOOC, c’est quoi ?

Vous vous rappelez sans doute de ces cours en amphithéâtres archibondés, ou encore de ces improbables Travaux Dirigés qui allaient trop vite ou trop lentement… Si ces formats millénaires sont et resteront irremplaçables pendant un bon moment, ils ont aujourd’hui un digne complément, voire un potentiel successeur : les MOOC. « MOOC » pour Massive Open Online Courses, soit la capacité à suivre depuis n’importe quelle position géographique un contenu pédagogique hébergé sur la toile. Le nombre de participants est illimité car internet, c’est illimité.

A la clé de nombreux avantages en termes de coûts, d’accès à une information de qualité en temps réel ou en différé et de partage collaboratif (prise de note, interactions, etc.). 80% des universités américaines disposent déjà de cours en ligne et n’en déplaise aux littéraires qui comme moi pourraient y voir la fin des études classiques, Paris X Nanterre a mis en ligne le cours « Philosophie et mode de vie : de Socrate à Pierre Hadot et Michel Foucault ». Wait and see…

C’est autour de 3 intervenants et des questions du public que s’est déroulé ce Café Numérique au Numa :

Rémi Bachelet (@R_Bachelet) est Maître de conférence à l’école Centrale Lille et fondateur du premier MOOC certificatif français. Sarah Akel (@sarahakel) est Consultante et formatrice dans les RH et les MOOC, elle a mis en place le programme de formation MOOC de Canal+. Laurent Boinot (@laurentboinot) est président cofondateur de Neodemia, première plate-forme MOOC d’entreprise.

Les intervenants du Café Numérique

Les intervenants du Café Numérique

 

Rémi Bachelet ouvre la séance et étonne l’audience en signalant que MOOC peut aussi se dire MOK (rappelez-vous, il y a aussi des gens qui disent « Gougle »). D’un point de vue sémantique la chose est justifié car selon lui les MOOC se moquent des frontières, des inégalités, des visages.

Des MOOC qui certifient :

« Quand on parle de MOOC, on soulève une inquiétude : celle de mettre en ligne un contenu purement publicitaire et non pédagogique. L’objectif réel est bien de prendre le contre pied de cette démarche en offrant un contenu riche, sans aucune barrière à l’entrée ni pré requis. »

Rémi Bachelet, les vrais puristes font leur conférences online

Rémi Bachelet, les vrais puristes font leurs conférences online

Un MOOC sans valeur remet en cause sa lagitimité même

Un MOOC sans valeur remet en cause sa légitimité même

 

En effet, Rémi Bachelet attache une importance particulière à la dimension ouverte et académique des MOOC. A titre d’exemple, son MOOC « gestion de projet » a réuni 19 000 inscrits avec à la clé 5000 personnes ayant validé le cours jusqu’au bout. Une réussite s’il en est, et surtout une transparence totale sur les statistiques que vous retrouverez ici: http://gestiondeprojet.pm/.

Comment ça marche ?

Du côté de Rémi Bachelet : un cours sur YouTube, des études de cas à l’appui, un tronc commun de 4 semaines, et le tour est joué. Mis bout à bout, ses MOOC comptent 11 semaines de formation, de quoi s’occuper.

Côté Canal +, Sarah Akel a organisé un MOOC qui a duré 6 semaines, 20% des participants l’ont terminé. Aucun objectif n’avait vraiment été fixé mais l’enthousiasme suscité par l’expérience constitue un succès en soi.

Chez Neodemia le modèle est similaire, avec un focus particulier sur la dimension non formatée du MOOC qui passe d’un format vidéo à l’écrit, jusqu’à la publication sous forme de manuel.

Mettre en place une communauté :

Les MOOC sont un moyen et non pas une fin. Il s’agit bien d’un outil, d’une manière de faire qui emporte avec elle une idée forte et un changement radical dans les manières d’envisager l’accès au savoir.

Rémi Bachelet détaille avec précision les rapports subtils qui naissent de cette nouvelle façon d’apprendre : interactions multiples, questions et réponses dans des forums, partage de prises de notes et d’idées en vue des examens. C’est le cadre même du système d’apprentissage qui est bouleversé. Le savoir devient une expérience partagée dans une collectivité de pairs.

Afin d’assurer un cadre légal et un suivi du parcours, des attestations de réussite sont délivrées à ceux qui terminent le cours. Un surveillant peut même être mandaté pour regarder si vous passez votre examen dans les bonnes conditions, ce qui permettra de délivrer des crédits de l’Ecole Centrale de Lille.

Et dans la sphère professionnelle ?

Le retour de Sarah Akel sur ce sujet corrobore les analyses de Rémi. La consultante RH qui a mis en place un programme MOOC chez Canal+ parle d’un « esprit de promo » qui s’est auto-constitué lors des différents cours en lignes. Pour elle, l’avantage en entreprise n’est plus à prouver :

  • Les MOOC sont précieux car ils donnent de l’air aux salariés tout en les formant. L’aspect diplômant n’est d’ailleurs pas toujours priorisé : apprendre pour apprendre constitue un objectif en soi pour beaucoup de participants.
  • Les MOOC sont valorisables dans l’entreprise. Sarah Akel mentionne que lors de mobilités internes, le fait d’avoir suivi ces cours est valorisé, même si cela ne constitue pas un argument prioritaire.
  • Le salarié lui-même s’y retrouve. Rajouter la ligne « MOOC » à son CV n’est plus une option activée par d’obscurs geeks.
  • Ce n’est pas qu’un truc de jeune : la moyenne d’âge des participants chez Canal+ était de 38 ans. Les jeunes n’étaient paradoxalement pas les premiers à se jeter sur l’opportunité.
  • La discrétion est de mise : l’option cours en ligne a permis à des experts de se former en toute discrétion, sans avoir à crier sur tous les toits que tel ou tel sujet les dépassait.
Slide bilan des MOOC chez Canal+

Slide en contre-jour et bilan des MOOC chez Canal+

Quant à savoir si ces formations sont intégrées au temps de travail, la question reste en suspens.

Je souhaiterais d’ailleurs apporter une touche de réalisme au sujet : il manque aujourd’hui cadre juridique commun et accepté par tous pour réguler des pratiques qui finiront par s’institutionnaliser. L’entreprise ne peut réclamer au salarié et donc à l’individu de prendre sur son temps personnel ce qui nourrit in fine l’objectif commun fixé par les parties (on ne travaille pas gratuitement). On retrouvera d’ailleurs cette problématiques dans les nombreuses questions du public : « Les MOOC peuvent-ils être imposés dans un plan de formation ? » ou encore « Une formation MOOC peut-elle être financée par un DIF ? ».

Créer de la valeur, concrètement :

Rémi Bachelet n’a pas manqué de rappeler que si l’investissement est physique, il est d’abord humain. Compétences, expériences et savoirs forment le noyau dur de toute entreprise, sa source d’inspiration quotidienne et le socle de sa réussite.

Mais comment évaluer la valeur d’un MOOC ?

Rapporté aux crédits universitaires et au prix annuel d’un étudiant (entre 7000 et 15 000€), le MOOC Gestion de Projet de Rémi Bachelet produirait 1 à 2 millions d’euros par an. Si on analyse le nombre de minutes regardées et le nombre de vidéos téléchargées, on monte à 2,6 millions d’euros.

Si ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, ils représentent une réalité non négligeable au regard du coût d’un cursus universitaire complet.

Sarah Akel précisera quant à elle qu’elle que les MOOC ne pourraient pas se fixer comme objectif de remplacer totalement des cursus académiques. Si le format est idéal pour donner un vernis dans certaines disciplines, il est peu adapté à un enseignement plus poussé, exception faite des disciplines scientifiques et informatiques (HTML, CSS par exemple).

Un MOOC pour quoi faire ?

C’est Laurent Boinot qui nous ramène à cette simple réalité. Il cite son propre cas quand il raconte comment il a assidûment suivi le MOOC « Introduction to Artificial Intelligence » mis en ligne par l’université de Standford. 160 000 étudiants l’accompagnaient dans cette aventure au cours de laquelle 23 000 sont sortis diplômés.

« C’est le meilleur cours que j’ai suivi de ma vie. »

Laurent Boinot donnera au cours de sa courte intervention plusieurs cas intéressants concernant son expérience :

  • A l’instar d’un logo sur une voiture de sport, un MOOC fait rayonner l’entreprise mais l’objectif doit rester avant tout pédagogique et le contenu doit être de qualité. Tout comme pour Rémi Bachelet, on retrouve une inquiétude quant à la récupération des MOOC dans une optique purement commerciale qui dénaturerait l’objectif même du projet.
  • Les MOOC font d’une pierre deux coups. Quand la BNP en ouvre un sur la norme SEPA, il profite aux salariés mais aussi aux clients.
  • Un des premiers MOOC constitué par l’entreprise de Laurent Boinot avait pour objectif d’apprendre à écrire une œuvre de fiction. Les 2000 passionnés inscrits à ce court l’ont retranscris sur les forums. Le cours est même devenu un manuel grâce à une levée de fonds sur Kisskissbankbank. Le contenu pédagogique vidéo est donc passé à l’écrit, gratuitement et à l’initiative de la communauté.

En conclusion :

Le Numa a accueilli ce soir-là des témoignages denses et documentés qui étayent un sujet encore nouveau pour le grand public. Si les MOOC souffrent de nombreuses critiques légitimes (sont-ils toujours vraiment gratuits et accessibles ?), il semble qu’il y ait une certaine unanimité sur leur potentiel à condition d’y ôter quelques points critiques :

  • Les MOOC n’ont pas vocation à remplacer des cours en présentiel, surtout dans la mesure ou le contenu proposé est généralement moins qualitatif que dans une université. (Mais la tendance pourrait changer).
  • Le taux de réussite comparé avec des cours en présentiel est encore assez faible. Idéalement il faudrait pouvoir avoir un peu plus de recul sur ces données pour établir de véritables perspectives pour le futur.
  • Rien ne remplace l’accès direct à un formateur ou enseignant, ce qui semble compromis dans des classes de plusieurs milliers d’élèves.

En guise d’ouverture et pour pousser la réflexion, je citerai Jeremy Rifkin s’exprimant sur le sujet dans La société du coût marginal zéro, LLL, 2014 :

« A l’ère collaborative, les élèves (…) apprennent ensemble, en cohorte, dans une communauté de partages de connaissances L’enseignant sert de guide : il organise la recherche et laisse les élèves travailler en petits groupes. (…) Passer du pouvoir hiérarchique détenu par le professeur au pouvoir latéral réparti dans toute une communauté d’étude, c’est faire une révolution en pédagogie. »

Merci à Christophe Rufin (@christopherufin) du Café Numérique Paris pour l’invitation à cet événement

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