Le Petit Fablab de Paris : l’atelier de ceux qui n’en n’ont pas

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De quoi sera composée l’économie de demain, qu’on dit déjà « contributive » ? La réponse s’est peut-être nichée à quelques pas du métro Laumière, dans cette partie encore populaire de l’Est parisien. Loin des start-ups californiennes aux grandiloquentes levées de fonds, Le Petit FabLab de Paris (LPFP) est un de ces endroits où fleurissent le savoir et la débrouillardise. Les « Fab Lab » ou « Fabrication Laboratory » sont des ateliers collaboratifs ouverts à tous ceux qui veulent « prototyper leurs idées ». Historiquement issus du Massachusetts Institute of Technology (MIT), les Fablabs ont essaimé sur le vieux continent et invitent artistes, entrepreneurs, étudiants ou simples curieux à manipuler des machines industrielles et numériques dans des ateliers plus ou moins organisés. Les seules conditions : privilégier l’entraide, partager son savoir et produire une documentation accessible sur ses réalisations.

Le Petit Fablab de Paris, la preuve que les parigots savent être accueillants

C’est dimanche et tout semble s’agiter dans le petit local de la rue Léon Giraud, la porte grande ouverte est ornée d’une pancarte très parisienne arborant le nom du lieu. Çà et là, des gens discutent autour d’écrans d’ordinateurs, de composants électroniques et autres fers à souder. Le Petit Fablab est un moulin ouvert aux curieux et aux passionnés en quête d’outils qui donnent vie aux idées.

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D’expérience, il n’est pas toujours évident d’infiltrer les antres geeks de la capitale (suivez mon regard) : le petit monde du numérique alternatif a ses codes, ses horaires et une certaine aversion pour la publicité, quand bien même il court après les subventions. Mais au Petit Fablab, on cultive un certain goût pour l’hospitalité : le local sent la pizza et le café est à portée de main, si tant est qu’on sache utiliser un percolateur. Les membres du Fablab cultivent la pédagogie : on m’explique avec une certaine fierté que le LPFP est le premier du genre intramuros. Depuis, au moins six autres se sont créés dans la capitale et une centaine d’autres pigmentent l’hexagone.

Hébergé au sein du WOMA, un espace de travail collaboratif, le Petit Fablab bénéficie du matériel industriel habituellement proposé aux entreprises dans le cadre de leurs séminaires et sessions créatives. Les membres du Fablab décrivent le projet comme étant avant tout un « deal » pour faire vivre l’endroit dans le quartier, un modèle basé sur la rencontre d’actifs inutilisés avec une volonté d’étendre gratuitement le savoir. Un des membres de l’association témoigne :

« Comme ils avaient des machines dont ils ne se servaient pas le week-end, il y a eu un appel à projet pour créer un fablab. A l’époque, on parlait de 12m² dédiés à des questions internes, aujourd’hui, le Petit Fablab accueille le public, dispense des petits cours, participe à des événements. »

Salon

LPFP : l’atelier de ceux qui n’en ont pas

A l’instar des acteurs du numériques implantés localement, l’équipe du Fablab s’est investie dans un certain nombre d’événements et festivals : Muséomix, Hackatons, Open Bidouille Camp, Alternibaba, etc. Voilà déjà plusieurs années que les passionnés s’y retrouvent pour s’adonner à des séances de créativité d’un genre nouveau avec en ligne de mire une obsession : se réapproprier la technique, au sens noble du terme.

C’est dans cet esprit que le samecubedi, le Fablab ouvre ses portes aux gamins du quartier, libres de venir utiliser le matériel électronique du lieu. Puis le dimanche à 14h, l’endroit est libre d’accès pour les badauds et les curieux. Aujourd’hui, un groupe de brésiliens a décidé de venir visiter LPFP après leur brunch, ils sont architectes et cherchent un endroit où fabriquer des meubles. Un des membres les guide dans l’atelier et leur explique le fonctionnement de l’imprimante 3D, ils pourront s’en servir s’ils amènent la matière première.

Côté rue, un cours d’initiation à Python (langage de programmation placé sous licence libre) vient de se terminer. Un des participants, Léo, m’explique qu’après avoir déménagé en région parisienne, il cherchait un endroit pour pouvoir bidouiller. Ingénieur de formation, il souhaite approcher le langage python sous l’angle des objets connectés, via un ordinateur Raspberry Py. S’il dénote un niveau très hétérogène, il est confiant quant à l’avenir du groupe qui organise déjà ses prochaines séances de travail sur Slack.

Une acteur local qui milite pour la réappropriation de la technique

Les Fablabs attireront inévitablement de plus en plus de monde, ils seront amenés à se structurer pour perdurer dans l’écosystème numérique. Ce faisant, leur identité même pourrait souffrir d’un cadre trop spécifique : le caractère encore « underground » du lieu est justement ce qui attire la diversité m’explique Andy, qui a rejoint l’équipe il y a trois ans :

« On touche beaucoup de monde, des artistes, des hackers, des bidouilleurs informatique, des artisans, et on est l’un des rares fablabs à être ouvert le week-end. »

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Informaticien à Poitiers, Andy est un des piliers du Fablab, « c’est un vrai boulot » assure-t-il, il se déplace le week-end, gère les cours, les visites. Avec une communauté de plus de 2 700 personnes sur Facebook, il est confiant quant à la pérennité du lieu. Le 28 mai prochain, l’équipe déménagera à Philippe Auguste à l’occasion de la semaine du numérique, un mouvement est en marche. Andy me fait comprendre que si ce genre d’endroit émerge, c’est parce que le monde est devenu complexe, à tel point qu’il nous est difficile de comprendre comment il fonctionne : nous avons été dépossédés du « faire ». Nous sommes devenus les simples réceptacles de nos désirs : qui fait encore une pizza quant on peut l’acheter au supermarché ?

« On souhaite se réapproprier les techniques et se dire qu’on « peut faire », c’est peut-être simple mais quand j’ai fabriqué mon premier dentifrice tout seul, j’étais content. »

Et pour cause, Le Petit Fablab de Paris ne se limite pas aux étroites frontières du numérique. S’il faut renouer avec quelque chose, c’est avec la technique au sens large : la tékhnê  (τέχνη en Grec), c’est-à-dire la capacité à redéployer soi-même ces procédés du quotidien, pratiques, utiles ou tout simplement esthétiques. Ainsi, le Fablab ne fait pas de discrimination technologique, on y dispense des cours de tricot au même titre qu’une initiation à la découpe laser.

De son côté, Lydie, jeune développeuse informatique du quartier, a fabriqué son propre clavier ergonomique. L’objet taillé sur mesure pour ses mains permet d’éviter les douleurs chroniques aux poignets que beaucoup d’entre nous connaissent. Elle n’a pas prévu de passer en mode industriel, le Fablab a surtout été une occasion de répondre à son besoin sans passer par les traditionnels circuits de vente. Au passage, Lydie a pu apprendre à servir d’un fer à souder.

Clavier

Arbres

Dans la grande course à l’innovation et alors que tout un système technique nous envahit d’une façon de plus en plus transparente, les fablabs font office de garde-fou : ils sont l’autre nom de la prise de conscience technologique, celle qui nous rappelle que nos objets ne sont ni magiques, ni infaisables, et qu’on peut se les réapproprier. Au Petit Fablab, les parigots peuvent donc désormais renouer avec le « faire », ou simplement venir boire un café.

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