Online Marketing de soi-même [5 signes qui montrent que tu te la pètes sur Internet]

marketing-de-soi-même Magritte

Il y a plusieurs moyens de frimer dans la vie.

D’aucuns te renvoient au visage leurs voluptueux biceps ou cet ostentatoire ventre plat malhonnêtement doré. D’autres optent pour de huileux étalements de pâte culturelle à l’endroit de ta méconnaissance ultime de la littérature russe du XIXème siècle. Enfin, il y a ceux qui ne ratent jamais une occasion de faire reluire leurs diplômes, gratifications et autres succès professionnels au détour d’une conversation quand toi, pauvre naze, tu passes tes après-midi à parcourir nonchalamment les sites d’offres d’emplois, en jogging dans ta piaule pourrie.

Depuis toujours, je suis assez sensible à ce genre de comportements. Pour en être parfois moi-même l’épicentre, je dois confesser une expertise pas dégueulasse en la matière. Il m’est même arrivé, dans un passé lointain, de décharger plusieurs cartouches de je-me-la-pétisme dans une même tirade, et ce sans redouter la mortelle montée de vanité mal placée qui quelquefois, régurgite ses remords le soir tombant.

Je me suis calmé depuis, j’ai aussi fini par comprendre que le « marketing de soi-même » n’était qu’un âcre coulis d’égotisme et de frustration allant remplir le puit sans fond de la médiocrité ambiante.

Sur Internet

Sur Internet, ça n’est pas vraiment différent, à l’exception près que toute chose étant souvent écrite, il convient d’être un peu plus subtil dans son auto-promotion. Fort heureusement, les internautes ne sont pas encore tous débiles et détectent facilement les cas de Personal Branling, comme le fait très bien ce Tumblr, par exemple.

tu-te-la-pètes sur Internet

Aussi, sûr de ma compétence en crânage-tracking et autres bonimenting-scientism, je te propose de te regarder dans un e-miroir quelques secondes. Voici 5 donc signes avant-coureurs d’un cas de fanfaronnade numérique aiguë. Si tu ne te sens pas concerné(e) par cette liste, tu pourras toujours t’en servir pour critiquer les autres, ça soulage son internaute.

Listons.

1) Tu parles de toi a la troisième personne sur Linkedin 

« Richard Nobody is a proficient strategist with a 10 years experience in the field of International Bullshit ».

Ils sont de plus en plus nombreux à se présenter ainsi. Si tu en fais partie, je dois t’annoncer que je te trouve répugnant. Rassure-toi, je suis complètement réactionnaire et mon esprit de contradiction a déjà fait pleurer du sang aux plus diplomates des diplomates. Par conséquent, ton Alain-Delonisation passera pour une banalité dans quelques années, et moi je passerai probablement pour un con.

Petes-Linkedin

En attendant, tu peux être sûr que cette tendance à se « iloyer » est le premier pas vers la tentative de Wikipédisation de tout un chacun. Cependant, il y a de grandes chances que tu te fasses refouler par la communauté Wikipédia en question car tu n’es pas si connu. Tu penses être spécial mais ton faciès de jeune cadre (et toute ta personnalité) n’a rien de plus à offrir que ce crétin qui revient sans cesse dans les banques d’images gratuites. Reviens sur terre. Tu es No one.

tu te la pètes beaucoup trop

2) Quand te vient l’idée de couper Internet pendant 24 heures, tu l’annonces à ta « communauté » 

Comme si cette dernière en avait quelque chose à foutre que tu ailles à Rogny-les Septs Ecluses voir ta grand-mère pas encore morte – faute à pas de bol – et que tu n’aies tout simplement pas d’autre choix que d’éteindre ton Smartphone dans ce trou paumé. Tu ne vas manquer à personne, et d’ailleurs, ça lui fera même de l’air à ta « communauté » de ne plus lire tes Tweets débiles et tes avis sur tout.

petes-Twitter

Pas de panique, tu choperas peut-être un semblant de Wi-Fi au bar-PMU du Bourg qui a quand même besoin d’Internet pour facturer ses ballons à pépé. En plus de ça, tu ne résisteras pas, je le sais, à balancer une photo « fond montagneux » en 56k depuis ton middle-of-nowhere, mais tu ne récolteras que quelques Likes compatissants, tout le monde s’en fout de Rogny-les Septs Ecluses.

3) Tu t’insères dans les grands thèmes du moment alors que tu n’y comprends RIEN

Fin du travail, automatisation, société des loisirs, start-ups innovantes, objets connectés, végétarisme… La jungle pseudo-intellectuelle qui suce ton cerveau tous les matins via Métro ou 20 minutes pullule de ces lianes tendances que te lancent CAC 40 et autres agences de com’ hypocrites à grands coups de slogans éculés. Et toi, comme pour prouver que ton électroencéphalogramme n’est pas encore complètement plat, tu diffuses l’info à tes « contacts » qui n’ont pas encore mesuré la moitié de leur servitude à tout l’inverse que de ce que tu fais semblant de prôner.

petes-tout-le-temps

A côté de ça, tu n’hésites pas à relayer les Macron et autres Gattaz parce que quand même, les charges sont beaucoup trop élevées, la France n’investit pas assez et la croissance est vraiment trop molle (ah merde, ça serait pas le problème la croissance ?). Au passage, n’oublie pas non plus qu’en 2007, tu avais quand même voté pour Sarko, et que tu hésites même à réitérer dans 18 mois parce qu’ « il ne faut pas qu’elle passe ». Bref, si « un autre monde est possible », ce n’est pas toi qui le construis. Toi, tu te la pètes, c’est tout.

4) Tu t’affiches avec les grands de ce monde

Mais t’es tout petit. Tu veux peser et ça se comprend. Tout le monde veut avoir un peu d’influence, souffler un mot à l’oreille d’un ministre, boire le même champagne que lui, manger les mêmes Ferrerro que lui. N’aie pas honte, c’est naturel, j’ai moi-même un tropisme dirigé vers certains auteurs et autres célébrités (pas le genre cependant, à se laisser prendre en Selfie avec un imbécile de blogueur, mais si c’était possible je le ferais, crois-moi).

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Maintenant que tu l’as ta photo, mets-la en fond d’écran, épingle-là sur ton profil Twitter, glisse-là sous ton oreiller pour te remémorer ce pathétique instant de ta vie où tu as cru être quelqu’un d’important. Le ministre, lui, t’a déjà oublié.

5) Tu ouvres un blog

Grand dieu, pauvre mégalo, qui espérais-tu intéresser ? Et pour quoi faire d’ailleurs ? Il n’y a pas de place pour toi dans ce club bien trop installée. A quoi bon rejoindre la communauté des gens qui passent 95% de leurs temps à ne parler que d’eux mêmes..? Toi aussi tu voudrais avoir cet espace personnel, humble et détendu pour conter tes émotions ou causer d’un nouveau shampoing à la con qui pourrit nos nappes phréatiques ?

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Ah, tu voudrais apporter un regard critique ? Je t’assure que tout le monde s’en fout. Un blog, c’est rien que de l’auto-promo. Tu as juste besoin d’être aimé, ça se voit comme la barre espace au milieu du clavier. Crois-moi, je sais de quoi je cause. Fichtre ! oublie-toi un peu ! et arrête de mettre des gens dans des cases avec ton petit air suffisant. Ton ton est péremptoire, tes sujets ineptes, ta plume condescendante, tes métaphores beaucoup trop grasses et tes analyses complètement élitistes.

Arrête un peu de te la péter.

arrête-de-te-la-péter

3 comments

  1. Wouah, purée, j’ai cru un instant que je ne me la pétais pas, et ça m’angoissais… Heureusement qu’il y a toute la partie blog !

    Alors, pour répondre à ton Facebook, j’avoue que le début est un peu ampoulé, un peu lourdingue sur les effets, même si les mots sont savoureux, il y en a juste un peu « trop ». On sent que c’est important, mais que ça t’énerve. Par la suite, ça coule de source.

    C’est terrible et cynique comme constat, mais c’est grave vrai de sa mémé. Et encore, j’te trouve gentil, tu oublies tous les RT dans tous les sens de compliments en mode « oh la la… Ca me touche ». Ouais, ok, tu peux le dire, mais le RT pas, on s’en branle. Etc.

    Enfin, j’critique… Mais je suis profondément orgueilleuse et autocentré. La preuve, je me prétends écrivain. Pouah !

    Merci pour ce savoureux papier :D

    Reply

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