Quoi lire (et offrir) pour réfléchir au coin du feu cet hiver ? Episode 2 – Silicon Valley Edition

Lecteurs assidus de Mais où va le web ?, vous êtes bien placés pour savoir que l’actualité des idées concernant les évolutions technologiques et leurs répercussions sur nos sociétés est foisonnante. La semaine dernière, le tenancier de ce lieu vous a proposé une sélection de livres à dévorer ou à offrir pendant la pause de fin d’années qui arrive. L’année 2018 a été particulièrement dure pour la tech aux Etats-Unis. Le “techlash[1]”, encore trop absent de ce côté de l’Atlantique, est devenu une réalité auprès d’un large public. Pour compléter la liste francophone d’Irénée, voici quelques titres dans la langue de Steve Jobs qu’il ne fallait pas rater ces douze derniers mois.

Une contribution de Antoine Gouritin (@agouritin), journaliste et créateur d’histoires sonores (sur @DisruptionPR) et La République Inaltérable avec @Poulin2012.

John Carreyrou – Bad Blood, Secrets and Lies in a Silicon Valley Startup (lien)

Le livre de John Carreyrou est dans le haut des listes des meilleurs livres de l’année de tous les grands journaux américains c’est amplement mérité ! Sa portée dépasse largement la littérature tech. Il raconte l’histoire de Theranos et de sa fondatrice Elizabeth Holmes. A la fois description précise des dérives du storytelling des startups et des pouvoirs ravageurs de l’hypercroissance à tout prix de la Silicon Valley et thriller techno-biologique, l’ouvrage de Carreyrou fait froid dans le dos. J’en avais fait une chronique plus longue que vous pouvez retrouver juste ici.

Anand Giridharadas – Winners Take All, The Elite Charade of Changing the World (lien)

Vous l’avez sans doute remarqué, les conférences censées changer le monde, notamment par la technologie, sont toujours subventionnées par des fonds d’investissement, des startups ou des banques d’affaires. La transition écologique est sponsorisée par Total. Anand Giridharadas démontre avec brio le double discours de cette façon de rendre le monde meilleur avec les outils qui l’ont détruit. Nous laissons les pyromanes jouer aux pompiers. L’auteur arrive à une conclusion qui paraît simple : et si plutôt que de vouloir à tout prix dire qu’ils font le bien par la charité ces premiers de cordée arrêtaient de faire autant de mal ? Prendre moins au lieu de vouloir faire plus l’aumône. Une argumentation puissante reposant sur des exemples et une expérience solide en font l’une des lectures les plus importantes de l’année.

Dan Lyons – Lab Rats, How Silicon Valley Made Work Miserable for the Rest of Us (lien)

Le bouquin précédent de Dan Lyons avait été un classique instantané. Dans Disrupted, il racontait son expérience dans la vie d’une startup en hypercroissance de Boston du point de vue de l’ancien journaliste tech qu’il était. Dans ce nouvel opus, Dan a creusé les sillons déjà ébauchés dans Disrupted. Il s’est intéressé aux nouvelles religions du management, importés de “l’esprit startup” et qui gangrènent maintenant tous les secteurs d’activité. Si vous aussi vous êtes ulcérés par les legos au travail, la méthode agile, la freelancisation du marché du travail ou les heures supplémentaires vues comme normales, ce livre est fait pour vous. On retrouve l’écriture efficace et drôle de l’auteur pour un documentaire très fouillé. Dans sa deuxième partie, le livre cherche à apporter des solutions en prenant de bons exemples (Basecamp, Managed by Q). Seul petit bémol, j’aurais tendance à ne pas être en accord avec la fin du livre dans laquelle Dan se laisse un peu trop attendrir à mon goût par les démarches de RSE (responsabilité sociale des entreprises) et d’entreprises à mission. A lire en parallèle avec l’argumentaire de Anand Giridharadas…

Adrian Harte – Small Victories, The True Story of Faith No More (lien)

C’est bientôt les vacances, on peut aussi en profiter et lire autre chose que des essais pour panser le numérique ! Et puis on reste en Californie. J’ai eu un gros coup de coeur pour cette biographie de Faith No More, groupe atypique par excellence. Grand fan de la discographie du groupe, je ne connaissais rien ou presque de son histoire. Adrian Harte a eu un accès sans précédent aux membres du groupe et à leurs archives pour accoucher au récit parfaitement maîtrisé d’un parcours aussi chaotique que la musique du quintet californien. Billy Gould, membre fondateur et pièce maîtresse de Faith No More a même avoué avoir appris beaucoup de choses en lisant le livre. Preuve de la qualité du travail du biographe ou de la communication interne catastrophique depuis presque 40 ans ? Sans doute les deux…

[1] Néologisme à la mode désignant la défiance du grand public US envers les entreprises tech, voir par exemple : Internet firms face a global techlash

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