Vers un revenu minimum du blogueur

écrire n'est pas à vendre - vers un revenu minimum du blogueur

Avant de commencer, je tiens à préciser que si vous êtes d’obédience plutôt libérale, vous allez probablement vomir ce billet. Soyez prévenu.

Au début de chaque blog, il y a une idée forte comme par exemple générer des revenus, faire mousser sa digi-plume pour grossir son CV, devenir un poète du web, un gourou d’un micro-sujet, ou encore comme me l’a dit un blogueur félin dont je tairai le nom « choper un maximum de meufs ».

Pour sa part, Mais où va le Web avait initialement pris le parti d’être un éxutoire aux frustrations nées du climat de concupiscence généralisée à l’égard des nouvelles technologies. Il s’agissait de répéter inlassablement que penser la technologie, la décrypter et la remettre en question en permanence n’était pas qu’une affaire de technophobes barbus pourrissant dans des amphores (et non pas dans des tonneaux) mais bien un devoir éthique.

Mais voilà, Mais où va le Web commence à voir un peu de monde venir et revenir, à tel point que je pourrais commencer à me faire quelques euros sur ta pomme, toi lecteur. J’ai néanmoins un morceau d’éthique qui me dit que l’argent ne fait pas le bonheur, même si ça dépend grandement de comment on le dépense.

Un manque à gagner évalué à plus de 10 000€ en 15 ans

Quand je me suis posé la question de la monétisation d’un blog personnel, j’ai rapidement découvert qu’à moins d’être déjà connu, voire déjà riche et célèbre, générer des revenus en écrivant n’était pas chose facile. Cependant, à défaut de bâtir un océan monétaire, quelques gouttes d’eau rapportées à une vie entière (de blog) peuvent tout de même constituer une petite flaque d’épargne.

En effet, à raison de quelques milliers de visites par mois, les revenus générés par un blog peuvent atteindre l’euro quotidien ! Le fidèle lecteur du journal de Mickey que j’étais n’aura pas oublié que tonton Picsou commença, lui, avec pas plus d’un sou en poche à chercher de l’or dans un froid de canard.

Oncle-Picsou

O mythe du self-made-blogueur, comme tu y vas ! Soyons sérieux, on me dira que j’avance des chiffres ubuesques. Pas du tout. Si j’en crois les différentes études que j’ai pu croiser au cours de mes recherches, le revenu moyen par jour d’un blogueur lambda tourne bien autour de ces chiffres :

Que peut-on gagner avec des AdSense ?
Pour un blog avec environ 1000 pages vues par jour, on atteint des revenus quotidiens de 1 à 3 EUR.

Résultat intéressant s’il en est, et qu’il ne faudra surtout pas oublier de croiser avec les croissances endogènes et exogènes du blog (multiplication des billets, constitution d’un réseau et d’une communauté, montée de l’audience, participation à des évènements, victoire au concours du meilleur blog de l’année 2022, etc.).

Bref, l’activisme passif m’ayant conduit à ne pas monétiser Mais où va le Web ne m’aura pas rapporté la coquette somme de 10 601 euros projetés dans les 15 ans à venir, soit le prix d’un bungalow luxe d’occasion ou de quelques mois d’une petite équipe de stagiaires à plein temps dans une agence de communication.

10 601 euros. Non, je ne sors pas ce montant de mon haut-de-forme. Un bête petit exercice Excel démontre qu’une augmentation progressive du nombre de pages vues de 50% sur quelques années (ce qui reflète la tendance actuelle) puis progressivement minorée à 5% puis 4% de croissance annuelle produit une vertigineuse ascension vers l’opulence monétaire. En contrepartie, les revenus publicitaires montent du simple au triple, pure spéculation produite par un effet réseau = (plus c’est gros, plus c’est gros). Je tempère évidemment la croissance car le rythme de publication est relativement faible.

2014 2017 2020 2025 2030
Nombre de pages vues par mois 5 000 12 000 25 000 33 000 40 000
Chiffre d’affaire cumulé 122 € 578 € 2 251 € 5 996 € 10 601 €

Sérieusement, si l’exercice chiffré peut sembler fantasque la réalité est bien là : bloguer est une activité non comptabilisée dans le PIB et pourtant créatrice de valeur pour le pays. Le web sémantique nous submerge et le poids géopolitique d’un pays reposera demain plus qu’aujourd’hui sur sa présence en ligne. Très concrètement : le nombre de mots écrits en français sur la toile est l’or de demain, le soft power made in Digital.

C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faudrait rémunérer l’écriture gratuite, voire instaurer un salaire minimum de subsistance pour les blogueurs. A défaut, un crédit-impôt blogging et je serai content.

Naturellement, la méthode employée ici est purement spéculative et tient compte de facteurs totalement subjectifs et absolument libres. L’idée est bien de montrer que le temps passé à écrire dispose d’une valeur théorique sur le marché du mot.

Rendez-moi mon argent.

Il faut voir qu’un certain nombre de blogueurs commencent leur aventure alors qu’ils sont au chômage, puis poursuivent en cumul d’une activité professionnelle pour ne pas décevoir leurs fans. Les quelques-uns qui font ça par passion sans balancer de la pub à tout va rendent ainsi une forme de service public minimum.

A côté de ça, les grands médias papiers que plus personnes n’achète sont gonflés aux subventions, lesquelles financent indirectement la moitié de leurs pages qui sont en fait… de la pub. La fuite des subventions profite donc aux annonceurs qui agissent dans l’affaire en passagers clandestins. Est-il nécessaire de préciser qu’ils ne font pas vraiment avancer la civilisation.

Enfin, en marketing comme en politique, il faut inventer des acronymes pour être crédible, je propose donc l’instauration du S.A.B.O.R.D.E, le Salaire aux Blogueurs Ordinaires bordés. Le SABORDE compterait bien sûr avec une série de règles à affiner :

Objectifs :
  • Favoriser la création artistique et culturelle
  • Occuper les gens et réduire la délinquance
  • Rayonner littérairement à l’échelle internationale
  • Envisager l’écriture rémunérée comme une sous-politique publique d’éducation populaire
Devoirs : 
  • Refuser toute monétisation et créer un monde meilleur
  • Etre accepté par la communauté sur des critères de qualité évolutifs
  • Écrire au moins 2 articles de 700 mots par mois

Evidemment l’idée est à travailler, je me contente d’en fixer les grands principes, chacun son job. Je me doute bien que ce genre de modèle est trop en avance pour percer cette année mais la société sans travail nous guettant, il faudra un jour trouver quelque chose à faire faire aux gens. En attendant, ça ne coûte rien d’aborder le sujet, tout ce qui n’est pas donné est perdu.

Je me contente juste d’être prospectif, excusez du peu.

4 comments

  1. Ouais ouais, l’État va te payer pour enculer quelques mouches en plus de gueuler comme un gueux contre le système. J’ignore à partir de quand tu as quitté la stratosphère, mais l’exigeant mécène qu’est le gouvernement a d’autres soucis en tête que payer les bières d’un blogueur qui postillonne dans la soupe non ?

    Merci de nous avoir prévenu, j’ai bien rempli mon sac en papier soigneusement placé sur mes genoux. Sinon, quel genre de fils de catin oserait faire un blog pour attirer les filles ? C’est indécent.

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  2. Bonjour Tigre ! Quelle souplesse dans l’écrit, quelle verve, quelle papatte ! On te sent l’âme d’un poète en cage en manque de tigresse à décoiffer. Je ne savais pas que tu étais devenu le porte-parole officiel du gouvernement (cela dit ça ne m’étonne pas outre mesure) mais sache que des tigres du milieu de siècle auraient dit la même chose des congés payés ! Certes l’analogie est foireuse, mais le plaisir de t’avoir fait dégobiller est intact (j’écrirais des billets rien que pour ça), la prochaine étape consiste à te mettre le sac sur la tête avec vigueur. Attention, ça colle aux poils. Le type dont je parle au début (le fils de catin) est un affreux libéral aux tendances alcooliques, tu ne l’aimerais sûrement pas. Cela dit, avec les 3 euros mensuels que lui rapporte Amazon, il est mesure de payer son coup de temps en temps, quelle aubaine, nan ?

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