La sommation technologique – au temps des catastrophes (La Fabrique), mon dernier livre, est désormais en librairie. 199 pages : j’ai fait un effort pour aller droit au but.
Hasard du calendrier, le 11 septembre : jour funeste où la question revient sans cesse chez celles et ceux qui étaient assez âgé·es pour s’en souvenir (tu faisais quoi à ce moment-là ?). Pour ma part, j’avais 13 ans et je rentrais du collège. Rien que de très banal. Déjà un peu politisé, je ne peux pas dire que ma compréhension de l’événement fut entière.
Mais l’horreur de l’épisode aura contribué à ce que je me forge des convictions par la suite : contre la guerre en Irak en 2003 tout d’abord, puis la dégringolade autoritaire qui, partout en Occident, succèdera à cet marqueur historique. Adulte maintenant, ma perception de l’espace public a changé : j’ai de l’appréhension à manifester (je le fais quand même), je suis abasourdi par ce que sont devenu les médias de masse (c’était déjà pas dingue).
Aussi faut-il rappeler que tout regard actuel sur « le numérique » s’inscrit dans cette histoire pas si longue : des débats autour de Palantir jusqu’au « consensus sécuritaire et islamophobe » que Nicolas Sarkozy pose sur la table au mitan des années 2000, et les lois liberticides qui suivront. Là encore, ma colère est immense quand l’essentiel des cadrages politiques consistent à viser, encore et toujours, les « fraudeurs », les « assistés », les « éco-terroristes » ou ceux qui ont la mauvaise religion. De ce point de vue, le terrorisme arrive à ses fins : faire imploser ce qu’il reste de démocratie en Occident.
Nous sommes désormais à un point de bascule : certaines de ces technologies accélèrent les crises (politique, sociale, environnementale), et la perception même du progrès en est affectée – assez légitimement je crois. Les affects « technocritiques » montent : place des écrans, surveillance, peur de l’IA (électrisée par les prophètes du malheur).
Ce livre se veut un point de départ délibérément engagé pour la période présidentielle qui vient et ses débats sur le numérique. Mais aussi une force de proposition, car le moment n’est pas juste à la complainte : un tiers du livre est consacré à l’ouverture de pistes politiques et institutionnelles pour un meilleur gouvernement des technologies.
J’allais dire « il est à vous », mais il faudra quand même passer en librairie ou sur internet pour se le procurer.
Une dernière pensée pour Salvador Allende, renversé ce jour même en 1973. Dans un pays qui avait par ailleurs imaginé d’autres types de réseaux, que j’aborde dans le livre.
Mon dernier livre : La sommation technologique
