Disruption à bon emploi, la Bellevilloise réinvente le travail [table ronde]

cover bellevilloise emploi travail automatisation

La Bellevilloise est cette salle emblématique de l’Est parisien. Terreau de l’économie collaborative avant l’heure, elle est aussi un lieu de dialogue social et accessoirement, un immense bar. Si l’endroit est propice à un moment de détente, on y débat aussi de sujets brûlants comme l’avenir du salariat, du travail et de l’automatisation.

En effet, à l’heure où de plus en plus d’études (Oxford, Roland Berger)  nous signalent que pas loin d’un job sur deux risque d’être préempté par des machines dans les années à venir, la question du futur de l’emploi devrait être plus que jamais centrale dans le débat public. C’est dans ce contexte que Up conférences organisait ce mardi une table ronde sur le thème « Disruption à bon emploi ». L’occasion de revenir sur les questions que posent le numérique et la « plate-formisation » du travail, Uber en tête.

Petit rappel de l’horizon des métiers automatisables… source

Horizon des métiers automatisables - Oxford

Ainsi, Jennifer Leblond a animé une conversation entre Benoît Thieulin (La Netscouade, Conseil National du Numérique), Arthur De Grave (Oui Share) et Vincent Huguet (Hopwork). Ces derniers ont pu tracer les grands axes de ce qui ressemble parfois à une controverse : entre la rigidité du salariat et la « free-lancisation » (autre nom pour précarisation) du marché de l’emploi, il semblerait qu’un équilibre reste à trouver pour permettre l’essor d’une nouvelle économie à même de répondre aux aspirations des citoyens et aux défis sociétaux du XXIème siècle.

Uberisation : mythes et réalités d’un mot fourre-tout

À l’instar de Google, Uber compte désormais parmi les entreprises qui ont leur propre verbe. « Uberiser » pour « désintermédier » : c’est-à-dire faire passer le travail – et les travailleurs – par des plateformes plutôt que par les classiques rapports salariaux (et les contrats qui vont avec). En filigrane, une « indépendantisation » des individus (la France compte aujourd’hui 2,5 millions d’indépendants).

Difficile de dire si le vocable à lui seul couvre une réalité sociale ou jouit juste de l’effet de mode de la société éponyme. Pour Arthur de Grave, le terme à l’origine inventé par Maurice Levy est percutant car il cristallise un changement de modèle de société : demain, n’importe qui pourra proposer ou bénéficier des compétences et services d’autres individus via ces plates-formes géantes. Air Bnb, service de location d’appartements en pair à pair en est un bon exemple.

« Ce qui était artisanal et primitif peut être pratiqué de manière industrielle », ajoute Benoît Thieulin. Selon lui, il faudrait mieux parler de « plate-formisation » des échanges, qu’ils soient marchands ou non. Le principal bénéfice serait de pouvoir populariser des services jusqu’alors inaccessibles ou trop chers pour des pans entiers de la demande. De là à dire que l’économie collaborative est en marche, il y a un boulevard. On connaît les politiques fiscales des Uber et consorts, qui ont peu à voir avec des services dont la vocation est avant tout sociale (allez voir du côté de Microstop).

Photo Bellevilloise Débat numérique

L’avenir du travail, reflet de nos modes de consommation paradoxaux

Il faut bien se rendre compte que ces changements dans les modèles à l’embauche font directement écho à nos modes de consommation. À notre incapacité de différer nos désirs immédiats, correspond cette fluidification du travail : tout doit être disponible, tout de suite. « On veut pouvoir être livré en cinq minutes » précise Benoît Thieulin. Ça tombe plutôt bien, les plates-formes et les indépendants arrivent à point nommé pour répondre à ces nouvelles demandes en perpétuels flux tendus.

Cependant, le risque de paupérisation n’est pas nul. Pour Arthur de Grave, nous ne devrions pas nous condamner à choisir entre cet intolérable modèle anglo-saxon des travailleurs pauvres et la rigidité du modèle salarial qui inhibe toute motivation à aller prendre l’air ailleurs. Vincent Huguet rappelle quant à lui que les modèles de protection ont été pensés pour des travailleurs destinés à pratiquer une seule activité tout au long de leur vie.

Or la demande sociale pour cumuler activités marchandes et non marchandes est très forte. Si le futur rime avec automatisation et que nous risquons d’avoir de plus en plus de temps, et de moins en moins de travail, alors peut-être est-il temps de se poser les seules questions qui vaillent : celle du sens au travail, et celle de la monétisation du temps.

Le revenu de base, une alternative qui offre l’occasion de reconstituer le socle d’un nécessaire débat politique

Ce n’est plus à prouver, l’automatisation crée moins d’emplois qu’elle n’en détruit. Les sacro-saintes Start-ups ne combleront pas l’innovation Gap décrit par Schumpeter en son temps. En ajoutant à cela le besoin latent d’en finir avec les modèles hiérarchiques traditionnels, on pourrait vite se retrouver avec un détestable mode binaire : d’un côté ceux qui voudraient bien travailler, de l’autre ceux qui n’aiment pas vraiment leur travail…

C’est à ce point précis de la réflexion que le salaire universel semble une issue crédible et surtout une occasion en or de remettre à plat le modèle de société que nous souhaitons. « Le revenu de base est un levier puissant pour repolitiser le débat autour du travail », témoigne Benoît Thieulin, qui co-signe le récent rapport Travail Emploi numérique, dont la recommandation 20 propose d’expérimenter le revenu de base dans des territoires volontaires.

Le revenu de base à lui seul pose déjà un certain nombre de questions. Les modalités de distribution et de financement méritent toute l’attention des citoyens. Il s’agira également de veiller à ce qu’un tel revenu ne vienne pas balayer cinquante ans de luttes sociales dans un revers libéral à peine dissimulé. Quoiqu’il en soit, là est sans doute la clé d’un système hybride à même d’offrir la protection suffisante pour que chacun puisse insuffler un peu de passion… dans son travail.

Pour retrouver les photos de la table ronde, rendez-vous sur la page Facebook de l’événement.

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