Et le Concombre Masqué démasqua les algorithmes

Plus qu’un effet de mode, les algorithmes sont devenus l’épicentre de la grande conversation à propos des effets d’internet sur nos démocraties. Si de nombreuses publications les concernant nous éclairent déjà sur leurs modes de fonctionnement, aucun imaginaire n’en saisit entièrement la complexité. Aucun imaginaire, à part bien sûr celui du Concombre Masqué.

C’est en mars 2017, dans le magistral ouvrage « Conc et Chou Lanceurs d’Alerte » (chez Alain Beaulet éditeur) que l’ultime vérité sur les algorithmes est révélée. Mais avant de commencer l’étude de cette pensée fulgurante, arrêtons-nous un moment sur le personnage : Concombre n’est pas une énième création marketing destinée à nourrir notre temps de cerveau disponible. Loin de là. Le cucurbitacé bavard et philosophe, né en 1965 des mains du génial Mandryka est un rempart contre la dérive autoritaire et mathématique de notre temps. C’est un légume onirique, au service de la raison et en quête perpétuelle du grand tout.

Le management scientifique par les algorithmes 

Dans Conc et Chou lanceurs d’alerte, Concombre, accompagné de son éternel acolyte Chourave, sont sélectionnés par l’observatoires des conjonctures et deviennent « lanceurs d’alerte et veilleurs au grain ». Chargés de défendre la nouvelle loi qui a rendu le travail obligatoire, il éradicouillent sans vergogne les réactionnaires et autres tire-au-flancs, sous l’évident prétexte unanimement approuvé que « si on recule quand il faut qu’on avance, ça risque de plomber la croissance ».

« Si on recule quand il faut qu’on avance, ça risque de plomber la croissance »

Le Concombre Masqué

Ce n’est pas la première fois que Mandryka s’attaque au monde du travail. On se rappelle l’excellent Le management vu par le Concombre Masqué, véritable guide à l’usage de tous les décideurs du monde (attention, il faut avoir atteint un certain niveau de management tout de même). Pour être juste, il faudrait même préciser que l’aventure concombresque est intrinsèquement critique vis à vis de la notion même de travail. Certes, Concombre est à sa manière un serial-entrepreneur, pour autant, l’heure de la sieste (mot sacré de la vie végétative) revient d’album en album comme une litanie ronflante : gare à celui qui osera défier le sommeil du concombre !

Le management par le Concombre Masqué

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Derrière ces fortes convictions, la vérité, la seule, est celle du management scientifique par les algorithmes. Dans la cave du sous-sol, l’impitoyable machine à formater les esprits empêche la fuite des cerveaux et prémunit l’humanité contre tout risque de « burne août » ou encore de « breakzit ». Concombre l’a bien compris, les algorithmes sont la clé d’une régulation sociale par le haut, avec la pleine et entière adhésion du bas, dans une gouvernementalité algorithmique que le journaliste Philippe Vion-Dury ne rechigne pas à appeller « Big Mother ».

  • Dans les bas fonds de la gouvernementalité algorithmique

Mandryka reprend ici ce célèbre dessin de Viatcheslav Syssoev, dissident soviétique et artiste, né en 1937 à Moscou

 

Les algorithmes, Kesskeucé ?

Les aventures potagères du concombre ne s’arrêtent pas là. Si la critique de la grande machinerie mécanique totalitaire exulte (et les plus avertis n’auront pas raté le parallèle avec Metropolis, de Fritz Lang), le discours est avant tout plein de pédagogie. En effet, les algorithmes sont encore les grands incompris de la culture numérique.

Certes, des efforts ont été faits, des études produites pour dégrossir le sujet, l’excellent ouvrage de Dominique Cardon (A quoi rêvent les algorithmes ?) par exemple, ou encore ce passionnant débat du Mouton Numérique… sans compter ces nombreux chercheurs qui parfois s’y noient, et alors plus personne n’y comprend rien. Mais passons : seul le cucurbitacé masqué pouvait rendre limpide ce qui était opaque, et fournir une réponse construite à la question qui nous taraude le ciboulot tout au long de l’aventure potagère : « les algorithmes, Kesskeucé ? ».

Un algorithme, c’est d’abord un bidule

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Comme d’habitude, les mots du concombre sont simples et percutants. Pas d’ambiguïté ici, ni d’excroissance conceptuelle : les algorithmes sont avant tout des bidules qu’il est possible « d’insiner » dans le cerveau pour « faire de toi un être apte à produire du travail performant et efficace ». Rouages divins d’une Alphaville bien huilée, les algorithmes sont au service de la croissance et obéissent à la froide loi de la statistique trop-matisante (ici à prendre dans le sens de « trop-matiser », cf. le dictionnaire du Concombre Masqué).

Seulement voilà, alors que tout allait pour le mieux chez le concombre et ses amis, un événement vient shmoulguer ladite performance au travail. A ce moment de l’épopée légumière, un retro-grade est venu stipuler qu’il fallait « travailler moins pour gagner plus » ! En haut du cactus-blockhaus (célèbre demeure du Concombre Masqué) c’est la débandade, le Concombre Masqué éructe : « Une idée de gauche ! Ça va plomber la croissance ! ».

Lanceur d’Arlette : le risque algorithmique de la bouillie conceptuelle

Au risque de perdre l’essence de la précipitation des dessins qui suivent, il est bon de signaler que les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Retranscrire l’émotion de ces quelques pages est un exercice fastidieux, voire présomptueux. Sachez juste que Chourave, pensant agir en lanceur d’alerte, finit par lancer Arlette, une jeune femme plantureuse, instigatrice d’une idéologie mortifère où le travail est remplacé par la fête. Comme si c’était possible (POPULISME !). D’aucuns diront qu’Arlette fait écho aux « fakes news » et autres « faits alternatifs » propres à cette époque de « post-vérité » où ce que l’on croit compte plus que ce qui est vrai. Lancer Arlette à ce moment de l’histoire est un affront à cette vérité. C’est propager une rumeur en pleine campagne électorale. Quelques heures seulement avant un vote décisif, par exemple. Bretzel liquide !

Arlette

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On peut comprendre la grande inquiétude de concombre suite à cet événement tragique, car « si on laisse cet algorithme se répandre, on va se retrouver dans une espèce de bouillie conceptuelle qui dira n’importe quoi et plus personne n’y comprendra rien ». Le concombre signe bien sûr ici une référence à l’ineffable caractère ambivalent de la technique que Platon disait être un Pharmakon, c’est à dire à la fois un remède et un poison. En langage légumier : « les machines à faire Protz peuvent aussi faire Schniaque ».

« Les machines à faire Protz peuvent aussi faire Schniaque »

Le Concombre Masqué

Je ne pourrai malheureusement pas vous en dire plus sans risquer de vous divulgâcher l’histoire. Arlette aura-t-elle raison des avenirs chantants de la machine algorithmique ? Tordra-t-elle le cou aux espoirs du travail obligatoire ? C’est la grande question. En attendant, Conc et Chou devront se défendre d’avoir lancé l’Arlette dans cet univers où les porteurs d’espoir sont en Marche, même si on ne sait pas vraiment où ils vont.

En marche !

 

10 comments

  1. Saviez-vous que le concombre était allé faire un séjour à Karlsruhe. Invité par Peter Sloterdijk, les deux grands panseurs de notre temps s’en sont donnés à cœur-joie autour d’une choucroute que Chourave n’a pas voulu goûter au prétexte qu’il n’est pas un cannibale. Ils ont devisé en vidant des chopes, parlant de tout et de rien et surtout du Livre du Grand Tout. Le wikande fut orgiaque de bons mots et de folles rumeurs sur ce qui allait advenir. Même le soleil fut de la partie jusqu’à ce qu’il bâille en éructant. Bref, un grand moment de pensées conceptuelles et de fulgurantes intuitions cosmologiques. Ils n’oublièrent pas de saluer les  » initiatives hautement frelatées » (sic) mais néanmoins salutaires du merveilleux tandem des Moutons Numériques. Après quoi tout le monde rentra dans son cactus blockhaus en se demandant si le soleil se lèverait le lendemain.

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    • Que j’aime ce thon ; non je ne savais pas. J’ai moi même fait un tour à Karlsruhe et je dois dire qu’à part des vélos je n’y ai pas vu grand chose. Mais je suis loin d’avoir l’oeil d’elfe du concombre. Je vous vois beaucoup parler de Peter Sloterdijk en ce moment, je crois qu’il va falloir que je m’y mette…

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  2. Merci pour votre intervention. Votre article me ravit. En recherchant sur le Web si on parlait un peu quelque part de la dernière mouture du concombre que j’ai publié chez Alain beaulet : « Conc et Chou lanceurs d’Alerte », j’ai trouvé votre page qui m’a enchanté, car il me semble qu’il y en a enfin « des-qui-commencent-à-comprendre » de quoi je parle.

    Bien à vous,

    Le Concombre Azimuté

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    • Bonjour Concombre, c’est évidemment moi qui vous remercie. je cherchais une occasion de parler du Concombre depuis longtemps maintenant (en fait, le site en a déjà fait mention), mais votre sujet tombais un pic, et rassurez-vous, nous sommes nombreux à comprendre de quoi vous parlez.

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    • Quel honneur vous me faites-là. Vous le divin disciple et créateur de notre extralucide concombre. N’étant pas doué pour le bricolage, je scrute, tant que le soleil acceptera de se lever sur mon cactus-blockhaus varois ( vous savez, cette région où les retraités après avoir œuvré de longues années pour le Grand Tout, se prélassent au soleil en attendant fébrilement la suite des aventures de notre cher concombre ) le monde comme il va et je transcris tout ça sous forme de nouvelles et romans d’anticipation qui n’ont jusqu’à présent, je dois l’avouer, pas eu le succès qu’ils méritent. Mais j’ai au moins la conscience tranquille. Ceux qui ne se donnent pas la peine de lire mes « élucubrations  » n’auront qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes si le soleil, un jour prochain refuse de se lever.
      http://marceldehem.over-blog.com.over-blog.com/

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  3. Ah, ce Marcel ! impayable. vraiment. Il a dû abuser de chlorophylle. Ou alors, c’est sa semaine passée à 1800 mètres qui lui joue des tours. Il a envoyé un message au papa du concombre en croyant que celui-ci appréciait son commentaire. Cela s’appelle pêché d’orgueil et cela mérite un gage. Merci à celui qui administre  » maisouvaleweb  » de m’aider à retomber sur terre.

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    • Je ne voudrais surtout pas parler à la place du Concombre, mais je pense que votre commentaire mérite toutes les attentions de tous les chouraves du monde : non seulement il est totalement dans l’esprit de ce dernier, mais il a cette singularité toute particulière qu’ont tous vos commentaires : ils font vivre et pétiller le site. Pas de pêché d’orgueil, non, peut-être juste une envie bien légitime de dire à Mandryka combien on l’adore. Et ça n’est même pas pour flatter, parce que c’est vrai. J’ajoute ici, mais je le fais ailleurs et je ne m’en priverai pas dans le futur que, en effet, vos nouvelles sont géniales, en tout cas celle qu’il m’a été donné de lire. Et je compte bien en lire d’autres. Amicalement. Irénée

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      • Un grand merci pour votre bienveillance. J’aurais accepté volontiers une séance d’auto-flagellation ou une retraite recluse dans mon cactus blockhaus à moi. Cela m’aurait permis d’avancer mon roman en cours que j’ai intitulé  » Le Parc du Passé  » . Une histoire qui se situe dans un futur proche où il est question de H+, de nettoyeurs du Passé, et d’un cobaye croyant avoir gagné un week-end dans ce fameux parc d’attraction où est soi-disant reconstruite une ville de l’est de la France dans les années 50. Alors qu’en fait, il est envoyé réellement en 1952 par les H+ …. Je pense l’avoir terminé d’ici quelques semaines. Encore bravo pour votre site et vos articles.
        PS. Vous me direz quand vous souhaitez que je vous envoie  » Bulle Dingue  » pour une publication en feuilleton estival.

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  4. Un grand merci pour votre bienveillance. J’étais prêt à m’auto -flageller pour mon impudence ou à m’enfermer dans mon cactus blockhaus à moi pendant quelques jours. Cela m’aurait permis d’avancer dans le roman que je suis en train d’écrire. Une histoire de H+, de faux parc d’attraction qui se révèle être un laboratoire secret où sont expérimentés des transferts humains vers le passé dans le cadre d’un programme de nettoyage du passé par ces H+. Et d’un cobaye qui croit avoir gagné un week end dans ce parc et qui se retrouve en 1952 dans une ville de l’est de la France…

    PS. Vous me direz quand vous voulez que je vous envoie  » Bulle Dingue  » pour une parution en feuilleton estival.

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  5. Pingback: Paris 2050, chaleur, mondes virtuels et totalitarisme - Mais où va le Web

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