Pièces et main d’œuvre : Manifeste des chimpanzés du futur contre le transhumanisme

Pièces et main d’œuvre (P&MO) oppose à la société techno-industrielle une critique radicale depuis bientôt vingt ans. Avec ce Manifeste des chimpanzés du futur contre le transhumanisme, le groupe grenoblois ne fait pas mystère de son ennemi : le bien mal nommé « homme augmenté » – de silicium – en qui tous les espoirs d’un monde meilleur résident. Anonymes, lettrés, passionnés, les techno-critiques de P&MO n’en demeurent pas moins bouillants et incisifs. Ils pointent, nomment, accusent sans détours ni pincettes. Chaque page est un pavé au visage du tout-technologique et de ses apôtres quitte à en lisser les nuances, tant et si bien qu’on a parfois l’impression qu’en trois-cent pages, plusieurs bébés sont jetés avec l’eau du bain. Mais qu’importe, l’important pour P&MO est d’opposer à l’homme augmenté un tout autre projet, l’homme qu’ils défendent « a le goût du silence, de la solitude et de l’indépendance : il ne peut faire autrement que d’être soi-même et de se connaître lui-même. » Une maxime qui en dit long sur une philosophie active à qui l’on peut certes chercher des poux, mais qui a sa cohérence.

« Les transhumanistes n’ont qu’une idée : la technologie. Nous, les chimpanzés du futur, n’avons qu’une technologie : les idées. » 

Talent littéraire, punchlines cyniques, humour condescendant : voilà à quelle sauce sont mangés les transhumanistes et post-humanistes de tous poils. Quelques premières pages concises et denses suffisent à déployer l’artillerie lourde en direction des ennemis désignés, quels qu’ils soient : technologues, ingénieurs, responsables politiques, chercheurs en laboratoires, vendeurs de rêve, bref, tous ceux parmi les humains qui défendent l’avènement d’un « autre humain » augmenté des NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives) rebaptisées « nécrotechnologies » par P&MO. De quoi parle-t-on au juste ? D’implants neuronaux pour « augmenter l’intelligence », de villes connectées, de scientifiques pour qui choisir les caractéristiques physiques d’un enfant n’est pas un problème (et selon qui « refuser à votre progéniture un destin génétique maximisé serait une faute morale »), de maires qui achètent des solutions de « police prédictive » sur l’étagère, de gourous qui vantent l’immortalité de la race humaine, de partisans de l’homme-machine pour qui l’âme, le corps et le cerveau ne sont au fond… que des chiffres. Le spectre est large et P&MO n’oublie pas tous ces pseudo-experts qui, sous couvert de critiques distanciées cèdent trop facilement aux méandres idéologiques de l’ennemi (il est bien possible que je fasse partie de ceux-là).

Point important, P&MO n’est pas un groupe crypto-coco ni un ramassis de gauchistes biberonnés à l’écologie bien-pensante. C’est d’ailleurs sans complexe que Trotski est envoyé dans les orties au bout de quelques pages, malheur à lui d’avoir affirmé que « L’homme socialiste maîtrisera la nature entière, y compris ses faisans et ses esturgeons, au moyen de la machine. » Pour P&MO, l’homme augmenté, c’est aussi l’homme communiste. Au-delà des clivages droite-gauche, c’est une critique radicale de la technologie qu’offre le groupe grenoblois : « Nous refusons de discuter avec ceux qui préparent notre élimination, quelles que soient leurs nuances, libérales « californiennes », progressistes ou écologistes. »

Pour faire simple – car les sujets sont multiples – les chimpanzés du futur s’insurgent contre le réductionnisme numérique, ce péché originel des transhumains pour qui tout n’est qu’information (y compris le contenu de la boîte crânienne). Deuxième sujet : la démesure technologique qui souhaite repousser « les limites » quelles qu’elles soient, pourvu qu’elles disparaissent dans un magma de données informatiques. On pourrait y ajouter ce combat acharné contre ce cheval de Troie qu’est la santé, alibi idéal pour faire adopter en masse des technologies dont on se demande si elles n’occasionnent pas plus de dégâts qu’elles ne prétendent en réparer. Et c’est pas fini.

Derrière la technologie, l’idéologie

« Le transhumanisme, c’est la croissance » pourrait résumer la position de P&MO. Les anonymes chimpanzés qui se désignent ironiquement comme des « archéo-humains » sont désuets et ils l’assument. En face, les transhumains (désignés comme « inhumains » dans l’ouvrage) ne sont rien d’autre que le bras armé d’un système de domination de plus : « les machines sont aux machinistes ce que le capital est aux capitalistes. » Les partisans de l’homme augmenté  ont pour projet de supprimer l’homme d’aujourd’hui à grand coups de personnalisation du corps et jusqu’à un conformisme que P&MO juge destructeur pour l’autonomie des individus : « à moins que les inhumains ne soient dépouillés du désir mimétique, qui concentre les désirs individuels vers les mêmes objets (…) on imagine sans peine que les choix des caractères génétiques s’uniformisera. » Pour P&MO, le transhumanisme et le post-humanisme sont des idéologies anthropophobes. Rien n’en résultera sinon une uniformisation de masse selon des critères futiles, à l’image de la chirurgie esthétique. Le dégoût du charnel pousse donc à son artificialisation la plus totale.

Rendons aux chimpanzés ce qui leur appartient : il y a en effet de quoi se méfier quand le développement technologique ressemble plus à une course vers nulle part qu’à un escalier vers le progrès. La manipulation du génome en est une bonne illustration : la technologie CRISPR-Cas9 (une enzyme capable de couper l’ADN) fait l’objet d’une vive critique car elle « permettrait de modifier des pathogènes pour cibler des types de population précis, par exemple selon la couleur de la peau ou des yeux. » La manipulation de l’ADN est la hantise des technocritiques les plus virulents, c’est la porte ouverte à toutes les modifications de l’humain afin de l’adapter à la grande machine-monde, c’est aussi la position de P&MO qui ne verra que la face sombre de cette avancée technoscientifique également de nature à corriger des maladies génétiques (écouter cet éclairant reportage de France Inter, les questions éthiques à propos de CRISP-Cas9 sont en effet vertigineuses, la scientifique à l’origine de sa découverte alerte déjà sur les menaces, notamment en ce qui concerne la manipulation des embryons humains.).

Mais P&MO ne s’arrête évidemment pas là. Le smartphone est également sur le banc des accusés : « On ne peut déjà pas vivre sans » et ce ne serait pas dû au hasard car « la technologie est la continuation de la politique par d’autres moyens (…) une lutte des classes qui se joue « déjà dans les corps. »  A grand renforts de Jacques Ellul, Lewis Mumford et Ivan Illich (des auteurs critiques de la société industrielle), P&MO fustige les monopoles radicaux, (quand il devient impossible de ne pas se servir d’une technologie tant elle a été imposée à la société) et lit l’évolution des technologies selon la grille du système technicien (quand la technologie se nourrit d’elle même dans une fuite en avant destructrice pour l’homme et l’environnement). Enfin, une certaine image des gens qui soutiennent aveuglément ledit système vient alimenter la sinistrose technologique (sans ironie, c’est vraiment tout noir). D’où quelques raccourcis un peu malheureux qui – à certains moments dans l’ouvrage – relèvent du préjugé. Exemple : « Vous habitez Smart City. Votre voiture sans chauffeur vous conduit à destination (…), les capteurs détectent votre avancée sur le trottoir et allument les réverbères à votre passage. Vous vous sentez en sécurité depuis que la police locale a installé Predpol, le logiciel de prédiction des comportements criminels. »

Joli tableau du futur, de quoi faire frissonner de plaisir IBM. Pour autant, si toutes ces technologies existent bel et bien, rien ne vient prouver que l’homme de l’histoire lui, existe (ou en tout cas, serait majoritaire dans la société). C’est une constante dans l’ouvrage, on se demande si P&MO ne vient pas à prendre pour argent comptant les vidéos promotionnelles et autres fumisteries marketing que les constructeurs affichent jour et nuit sur nos écrans. Les professionnels de la pub appellent cela des « persona », c’est à dire des individus fictifs idéalisés, des clients parfaits en somme. Si P&MO a raison de rappeler que « à votre insu, vous êtes accéléré », il est aussi un brin hautain de penser que personne – à part eux – ne s’en serait aperçu. Tout comme il est un peu rapide d’affirmer que personne – à part eux – ne voit la différence entre un réverbère intelligent (qui économise jusqu’à 30% d’énergie) et une logiciel de prédiction du crime (dont on connaît l’efficacité). Seulement voilà, pour P&MO, tout ça c’est pareil.

Le bon du mauvais (pourquoi tout mettre dans le même sac ?)

Remettons les choses en contexte, Pièces et main d’œuvre occupent le paysage politique depuis bien longtemps, ils sont les dignes héritiers des mouvements antinucléaires des années 70 et expliquent depuis au moins aussi longtemps que les choix technologiques sont accaparés par une technocratie, sans aucun égard pour la démocratie. Leurs études sont fouillées et non moins idéologiques que le camp d’en face quand celui-ci confond explicitement innovation et progrès. On l’a aussi compris, l’homme que défend P&MO est plus proche du paisible travailleur des champs que de l’excité du smartphone « aliéné par le groupe. » Dans le manifeste, on lui préfère les « asociaux et solitaires, poètes Romantiques et théoriciens radicaux [qui] forment depuis la révolution industrielle le vrai parti de l’homme. » Pas très sexy non plus (allez savoir pourquoi, la figure de Ted Kaczynski alias « Unabomber » m’est venue en tête à la première lecture du manifeste, mais je le dis sans sous-entendu : P&MO n’appelle pas à la lutte armée).

Quoiqu’il en soit, il faudrait pour devenir cet homme-là, abandonner toute référence à son quotidien (déjà numérisé, quoi qu’on en pense) et accepter pleinement et sereinement des affirmations aussi réductrices que « Les petits humains ne connaissent ni le temps libre ni le vagabondage de l’esprit, ni la découverte sensible du monde. » Il faudrait aussi admettre que nous ne sommes pas plus que des « grains de foule » préférant s’en remettre à « la mère machine, à la planification bienveillante et automatisée qui protège de toute surprise. » Un vent romantique de c’était mieux avant souffle sur les chimpanzés. Comme si la machine n’était que négative, comme si la technologie n’avait que comme caractéristique de réduire à néant la volonté, l’autonomie, l’environnement,  la vie. Comme si elle ne pouvait être et faire que cela. A partir de quand d’ailleurs, l’homme aliéné de P&MO est tombé si bas qu’on ne puisse plus le ramasser ? A partir de quand est-on considéré comme « sursocialisé » (comprendre sur-adapté au système, acquis à l’idéologie technicienne). L’homme « Sursocialisé », c’est aussi celui que Ted Kaczynski justement, fustigeait. Si j’ai bien retenu quelque chose de ma lecture de « La société industrielle et son avenir », c’est que nous avons besoin d’une critique de la technologie, pas d’un réquisitoire contre la technologie.

Si l’on saisit bien qui P&MO défend, on peine à dessiner le visage de cet ennemi dont les pensées vont du sol au plafond ! Expliquons-nous : le groupe grenoblois a toutes les raisons de pointer du doigt le futurologue Hans Moravec, le pseudo-philosophe Nick Bostrom qui promeut un corps « à la carte », « modulable à volonté » ou encore Marc roux, président de l’association française transhumaniste pour qui « tous les moyens technologiques sont bons pour nous permettre de nous rendre le plus indépendants possible de nos corps (1). » Mais pourquoi diable faire s’asseoir sur le banc des accusés l’écosystème technologique français dans son entièreté ? Les penseurs de la technique, sans nuance ? Le pauvre Gilbert Simondon par exemple, est évacué en cinq lignes car « l’essor des « applis » et des « chatbots » seraient une « victoire posthume » » pour ce dernier ! Quelle mauvaise lecture du philosophe ! Les post-structuralistes (Deleuze, Derrida, Foucault), eux, sont accusés d’avoir contribué à édifier le réceptacle des idées transhumanistes. Ceux-là ne « se sont jamais inquiétés de la disparition de l’homme » car « la créature post-moderne ne connaît de limites ni à son enveloppe corporelles ni à ses désirs de toute-puissance ». A ce point de l’histoire, la discussion entre philosophes est tellement serrée qu’on peine à en comprendre les tenants et aboutissants (soyons honnête, je peine à comprendre ce qui chez Deleuze et consorts aurait contribué à promouvoir le transhumanisme, faute de l’avoir assez lu et compris mais on me pardonnera – tout complément à ce sujet est le bienvenu, pour le moment je n’ai trouvé que ceci mais qui me semble encore un peu faible).

En tout état de cause, on a le sentiment que la moindre proximité avec un appendice même éloigné de l’idéologie transhumaniste vous discrédite à vie. Le festival Futur en Seine par exemple, est unanimement condamné par les chimpanzés du futur pour avoir organisé une « implant party » où de jeunes gens venaient se faire glisser une puce RFID sous la peau. C’est oublier un peu vite que l’année suivante, le festival n’hésitait pas à rappeler par la voix d’une implantée que ces puces RFID ne servaient strictement à rien (voire mon compte-rendu de l’événement, et mon interview de « l’implantée »). De nouveau, on se demande si P&MO ne prend pas le marketing technologique pour le monde réel. Ou alors est-ce moi qui vis avec des œillères.

Bref, la critique tend parfois à déborder un peu : on est coup à coup séduit puis étonné par ce nuancier en noir et blanc. Après quelques pages très convaincantes pointant les dangers des nanotechnologies (voir à ce titre le dossier de Reporterre en bande-dessinée), P&MO amorce une critique virulente des « humanités numériques » (un domaine de recherche, qui croise l’informatique et les sciences humaines et sciences sociale). Celles-ci sont réduites à quelques applications bien futiles comme analyser que le sourire de la Joconde est « fait à 83% de joie, à 9% de dégoût, à 6% de peur et 2% de colère. » Pourquoi mettre au même plan les dangers des nanoparticules dont certaines sont cancérigènes avec les délires de quantification en vogue en bas des tours de La Défense ? Nuançons ! La chercheuse Katherine Hayles explique dans Lire et penser en milieux numériques : Attention, récits, technogenèse comment les humanités sont assistées par les médias numériques sans pour autant en devenir les esclaves ! Archivistes, archéologues et architectes sont-ils les suppôts du transhumanisme quand ils utilisent des bases de données ? Si c’est le vocabulaire qui dérange (« humanités numériques » ou encore « humanisme numérique ») qu’on le change alors, plutôt que de tout jeter.

« Un usage délicat du monde » 

Il est temps de clore ce billet déjà trop long. Le Manifeste des chimpanzés du futur contre le transhumanisme est à lire, en premier lieu parce qu’il chamboule certaines convictions, nourrit le doute et pose la question des frontières de la critique : où s’arrête le compromis quand on parle de technologie ? Peut-on même, s’autoriser ces compromis dans un monde fini ? Pour P&MO, la réponse est sans équivoque : il n’y a pas d’ « autre technologie possible » : il faut saboter la machine et « vivre contre son temps » comme dit leur slogan. Le moment du dialogue est loin derrière : « les chimpanzés du futur ne débattent pas avec les inhumains, ils les combattent. »

Une autre bonne raison de lire l’ouvrage : il est nourri d’une multitude de citations rapportées, plus impressionnantes les unes que les autres par leur absurdité. Tous les philosophes et technologues du moment en prennent pour leur grade et force est de constater que quand on lit ce qu’on lit et qu’on entend ce qu’on entend, on se dit que ce répertoire dénote quand même quelque chose d’assez inquiétant (de Bostrom à Luc Ferry, en passant par Laurent Alexandre ou Marc Roux, on en voit passer des vertes et des pas mûres).

P&MO ne fait pas mystère de son projet politique et en cela – pour en revenir à l’introduction – la vision du groupe grenoblois est cohérente. Les solutions sont aussi modestes que l’homme qu’ils défendent : « Un usage délicat du monde. Partage des richesses et des biens communs – de ce qu’il en reste, rien d’original (…) en finir avec l’emploi, renouer avec le métier. » Un projet simple dans un monde complexe, une éthique qui tient en quelques mots « la nature existe, les limites existent. » Poser les limites, c’est déjà freiner la puissance, ce qui n’est pas rien quand on s’adresse aux transhumanistes. Pour l’efficacité, pas sûr. P&MO a oublié dans la lutte, d’apprendre à se faire des alliés dans le monde réel (ou virtuel, bref).

Enfin, en lisant ce livre, chacun pourra juger en pleine conscience de l’écart qui le sépare des technocritiques grenoblois, tant sur le fond que sur la forme. P&MO, c’est le choix de la dissidence contre le consensus mou, et ça fait mal à l’égo. Peu de gens sont capables de poser un regard froid sur la multitude des changements technologiques qui arrivent en moins de temps qu’il ne faut pour les nommer. Le « progrès technique » est devenu si pressant que la seule réponse qu’on semble pouvoir lui opposer est une injonction à l’innovation doublée d’une injonction à aller plus vite que les autres quitte à clouer au sol son éthique personnelle et son projet de civilisation. Courir et rester au même endroit. P&MO a au moins le mérite de rappeler que l’avenir se fabrique dans les laboratoires à l’abri de la démocratie. Faut-il pour autant arrêter toute recherche ? Abandonner tout espoir de voir un jour les technosciences sous un contrôle plus démocratique ?

(1) Ce dernier tend un peu le bâton quand il déclare que « se couvrir de peau de bête, n’est-ce pas se faire un prothèse de peau ? » Et P&MO a  sans doute raison de répliquer : «  il va en falloir des augmentations cognitives, à ces pré-post humains, pour saisir l’opposition entre technique et technologie, entre l’autonomie offerte par l’une et l’hétéronomie imposée par l’autre. »

4 comments

  1. Et puis nous ne sommes pas tou.te.s aussi attiré.e.s par les technologies « d’augmentation ». On a l’image d’Epinal, en y pensant, du jeune-cadre-dynamique avec smartphone intégré dans le bras et cyber-cerveau pour se connecter à ses mails pro même le weekend… figure qui devient vite le cyborg assassin de Deus Ex & consorts dans l’esprit enfiévré des technocritiques branchés SF dont je suis. En réfléchissant un peu, et sur des bases plus réelles, on peut aussi se rappeler que le cyber-cerveau pourra vous envoyer de la pub et récolter toute votre vie sur son serveur de rattachement. Mais bref, cette image là n’est pas tout, quoiqu’elle ne soit pas inintéressante à considérer.
    Les personnes transgenre peuvent tout aussi bien voir le transhumanisme comme une façon de se réinventer autre, de briser les carcans de la définition binaire pour s’autoriser à être différent.e. C’est aussi une leçon de vie que de l’entendre. Même si ça n’empêche pas certains [gros] problèmes de fond : la mainmise des sociétés marchandes sur les technologies « d’augmentation », ce qu’on définit justement comme « augmenté » ou pas… ainsi qu’une certaine promotion de certains rapports à l’identité, ce que la société plébiscite, encourage et, en bout de chaîne, rend possible.

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    • Très intéressant, surtout la fin « notre technologie c’est les mots » et « il faut retrouver le chemin vers les cerveaux »… « on ne peut pas comprendre en dehors du langage », etc… Et l’animatrice de répondre « grâce à la technologie peut-être ? »… C’est le grand problème à mon sens, de P&MO, à tout jeter, ils jettent aussi une couche de médiation qui pourrait leur être très utile : internet.

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  2. D’accord avec cette analyse. La vraie qualité de P&MO c’est de fournir un gros travail d’information de terrain et de forcer la confrontation idéologique « in vivo » et pas seulement sur Internet. Sur le fond, c’est vrai que l’anthropologie qu’ils défendent (jamais positivement définie, et pour cause) est pour le moins réductrice, faisant fi de la complexité des articulations vivant/non vivant. Tout ce qui essaye de s’approcher de cette complexité, même avec les meilleures intentions du monde, sera vite flétri du nom de « post-moderne » ou « inhumain ». A moins de compter sur une politisation massive des questions de R&D dans un proche futur, le seul destin possible pour cette position est le suivant : l’enfermement dans une posture hypercritique classieuse et surplombante, comme les situs en leur temps.

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